Le débat qui s’est ouvert sur le projet de loi sur les hydrocarbures, s’il a permis quelque peu d’éclairer l’opinion publique sur ses enjeux et ses zones d’ombre, cette confrontation d’avis d’experts et de politiques a néanmoins occulté plusieurs points non négligeables dans la compréhension de la problématique de l’offre et de la demande qui semble contraindre les pouvoirs publics à vouloir accélérer l’adoption du projet de loi sur les hydrocarbures.

Ces non-dits concernent notamment l’état de nos ressources en hydrocarbures, la mise en service de nouveaux gisements, le pétrole et gaz de schiste et la stratégie nationale en matière d’hydrocarbures. D’abord, dire que 60% de nos réserves sont épuisées pour justifier l’urgence de l’approbation de ce nouveau texte de loi encadrant le secteur des hydrocarbures constitue une vérité partielle. En fait, en l’absence d’un inventaire affiné de l’état de nos ressources en hydrocarbures, on ne peut se prononcer de manière catégorique sur l’épuisement de nos réserves, d’autant que les officiels reconnaîssent paradoxalement que notre domaine minier reste sous-exploré. En fait, le sous-sol algérien n’a pas encore livré tous ses secrets. Des richesses restent à découvrir, elles seront plus coûteuses à extraire pour une bonne partie. Mais il est possible qu’elles soient inscrites comme de nouvelles réserves. L’intérêt de grands groupes américains comme Exxon Mobil et Chevron découle de cette réalité, des accumulations importantes d’hydrocarbures qui restent à mettre au jour à la périphérie de Hassi Messaoud, dans les bassins d’Amguid Messaoud et de Berkine. Des spécialistes de l’amont disent, eux, qu’il y a eu la découverte de plus de 200 gisements depuis dix ans, le discours officiel parle d’une centaine ces cinq dernières années. Même s’il s’agit de petits et moyens gisements, ne dit-on pas que les petits ruisseaux font les grandes rivières. D’autres évoquent notre potentiel important en tight gas et tight oïl (pétrole et gaz compact) au sud-est du pays, notamment dans la région de Hamra. L’optimisation de la production de nos anciens gisements peut également nous faire gagner de nouvelles réserves. Le taux de récupération de notre plus grand gisement Hassi Messaoud est très modeste. Si on améliore d’un point ce taux de récupération, on gagne un gisement de 500 millions de barils, de dix points, 5 milliards de barils. L’Algérie a consommé moins de 20% des réserves de Hassi Messaoud jusqu’à présent. Un meilleur management de nos gisements peut également nous procurer de nouvelles ressources. Par exemple, le forage ultra profond, une technologie pas encore maîtrisée par Sonatrach, selon un responsable de la compagnie, n’est quasiment pas utilisé pour mettre au jour de nouvelles richesses dans les périmètres en exploitation par Sonatrach seule ou en partenariat.
A noter également que la question de l’état de nos ressources pose le problème de la transparence. Alors que les hydrocarbures appartiennent à la collectivité tel que le stipule même le projet de loi sur les hydrocarbures, c’est dans l’opacité totale que sont gérées nos réserves d’hydrocarbures. Ce qui renvoie à un problème de gouvernance au sein de Sonatrach.

Quid de la mise en service de nouveaux gisements ?
Concernant la baisse de production de Sonatrach, peu évoquent les problèmes de mise en service de nouveaux gisements : ceux en particulier du pourtour de Hassi Messaoud, Tinhert, Tikidelt M’kabli, Ahnet El Mzaid, Issarène, Gara Tesselit, Bourrahat. Les trois premiers devaient être livrés en 2017! Comment se fait-il que Sonatrach dans la première décennie parvenait à mettre en service des gisements en 19-24 mois et dans la seconde décennie, elle met deux à cinq fois plus
de temps, soit 5-10 ans pour les livrer ? Si la dizaine de nouveaux gisements de gaz et de pétrole sont entrés en production en 2017-2018, Sonatrach n’aurait pas aujourd’hui des problèmes de production. En d’autres termes, si les problèmes de gestion de Sonatrach ne sont pas réglés, cela remettrait en cause la pertinence d’un nouveau cadre législatif quelle que soit sa qualité en matière d’attractivité de l’investissement étranger.

Absence d’une véritable stratégie énergétique
Par ailleurs, le projet de loi sur les hydrocarbures ne comporte paradoxalement pas de disposition sur le pétrole et le gaz de schiste, alors que ces richesses peuvent assurer nos besoins en produits pétroliers et une bonne partie de nos besoins énergétiques une fois les appréhensions levées sur la fracturation hydraulique par une amélioration des technologies d’extraction de ces ressources et des solutions aux contraintes de prix et de logistique…
Enfin, une véritable stratégie énergétique – absente aujourd’hui – permettrait de limiter le gaspillage actuel de produits pétroliers et de gaz par une réelle politique d’économie d’énergie, d’efficacité énergétique et développement plus accéléré des énergies renouvelables. Ce qui mettrait moins de pressions sur l’offre énergétique et éloignerait le spectre du déficit structurel entre l’offre et la demande en gaz annoncé pour 2030. C’est cette orientation qui devrait plutôt constituer l’une de nos principales préoccupations. <