L’argentier du pays s’attend à ce que les tensions financières s’intensifient dès 2022 si des réformes budgétaires et économiques ambitieuses et structurelles ne sont pas mises en branle dès aujourd’hui.

Lors de son passage, hier, à la chambre basse du Parlement, dans le cadre de la présentation et des débats autour du projet de loi de finances 2020, le ministre des Finances, Mohamed Loukal, a, de nouveau, sonné le tocsin quant à la fragilisation des positions financières internes et externes du pays, faute de réformes. Dans le cadre des cadrages macroéconomiques et financiers de la période 2020-2022, le gouvernement prévoit un net déclin des avoirs en devises stockés par l’Algérie dans les banques souveraines occidentales. Le gouvernement s’attend à ce que le solde des réserves de change chute à 51,6 milliards de dollars à fin 2020, ce qui correspondrait à seulement 12,4 mois d’importations.
Un déclin dangereux qui pourrait lézarder davantage la solvabilité du pays, à l’heure où l’endettement extérieur est envisagé afin de réduire la pression sur le Trésor public. Face à cette prévision, le ministre des Finances, Mohamed Loukal, a insisté sur l’impératif de remettre sur rails illico presto le train des réformes afin de parer à une érosion plus rapide des réserves de change. Selon lui, ce risque de voir les réserves de change fondre davantage à un rythme plus soutenu a conduit le gouvernement à resserrer le verrou budgétaire du pays. «Ces politiques budgétaires prudentielles se sont traduites essentiellement par la rationalisation des dépenses, le maintien des licences d’importation, la réduction des importations des services et des biens et marchandises…», a indiqué Mohamed Loukal, lors de la présentation, hier, du PLF 2020 devant les membres de l’Assemblée. Selon lui, le maintien d’une politique de rigueur budgétaire pourrait participer à réduire les pressions financières, mais des réformes structurelles s’imposent urgemment. Le ministre des Finances vient ainsi emboîter le pas à la Banque centrale, dont il était gouverneur, qui, il y a quelques semaines, avait alerté sur une dangereuse érosion des avoirs de l’Algérie en devises, recommandant des réformes sans délais afin de ralentir la fonte. «Les diminutions annuelles des réserves de change, liées aux déficits du solde global de la balance des paiements, traduisent l’excès de la dépense intérieure brute de l’ensemble des agents économiques sur le revenu national ; autrement dit, quasiment l’excès des importations de biens et services sur les exportations. Dans les faits, ces déséquilibres sont générés par les importants déficits des finances publiques», lit-on dans la dernière note de conjoncture de la Banque d’Algérie.
La plus haute autorité monétaire avait écrit en crayon-feutre que «la poursuite de l’érosion des réserves de change souligne la nécessité d’efforts d’ajustement soutenus, notamment budgétaire, pour rétablir la viabilité de la balance des paiements et limiter l’érosion des réserves officielles de change». Ces efforts d’ajustement, recommande la Banque centrale, devraient s’intégrer dans un «vaste programme de réformes structurelles pour améliorer le recouvrement de la fiscalité ordinaire (y compris par la rationalisation des subventions), libérer le fort potentiel de croissance de l’économie nationale et diversifier l’offre domestique et les exportations de biens et services». Si le ministre des Finances revient à la charge au sujet de l’urgence des réformes, c’est parce que les indicateurs macroéconomiques vont en se fragilisant, alors que les ajustements auxquels a appelé la Banque centrale tardent à prendre corps. Sur la période 2020-2022, les réserves de changes enregistreraient une contraction continue pour s’établir à 51,6 milliards de dollars à fin 2020, contre une prévision initiale de 60,1 milliards de dollars à fin 2019. Sur la période 2021-2022, lit-on dans les cadrages macroéconomiques et financiers du gouvernement, inclus dans le PLF 2020, les réserves de change se situeraient à 45,1 milliards de dollars en 2021 et à 40 milliards de dollars en 2022, soit une contraction de la couverture des importations de biens et services non facteur qui les établiraient à, respectivement 11 et 10 mois.