Dans les méandres d’une crise politique complexe, les juges jouent un rôle multiple qui en dit long sur ce corps pas comme les autres au cœur du fondement du système judiciaire. L’incursion des péripéties du syndicat des magistrats, au travers d’une grève inédite, dans la crise politique qui tiraille le pays depuis bientôt une année, marque une évolution pleine d’enseignements. Malgré l’issue inopinée, décevante pour les contestataires du Hirak, cet épisode de la crise fera date. Jamais depuis l’indépendance un tel fait n’aura été imaginable, sans une arrivée vers l’ultime. Il semble, plus que jamais, que le temps de la rénovation est arrivé. L’intervention ahurissante des gendarmes à l’intérieur de la Cour de justice d’Oran pour déloger des juges en grève aura été une image éclatante dans cette situation de déliquescence accomplie. Autant de signaux du cycle de la roue du temps où comme l’a exprimé Garmsci : « la crise est le moment où l’ancien ordre du monde s’estompe et où le nouveau doit s’imposer en dépit de toutes les résistances et de toutes les contradictions ». Les soubresauts qui secouent le secteur de la justice depuis notamment l’éclatement de la crise post-Bouteflika et la sortie dans la rue des Algériens pour exprimer leur refus de la poursuite de la fuite en avant, ne sont pas anodins. C’est incontestablement des craquelures d’un système en urgent besoin de réformes. La justice est bien un élément fondateur de l’Etat de droit auquel tendent les espoirs des Algériens. Et sans une justice libre, il n’y aura point de lendemain enchanteur. Le fait de mettre en prison une partie des symboles politiques et affairistes de « l’ancien » système ne semble pas à l’évidence convaincre une opinion qui voudrait plus que jamais limiter la mainmise du politique sur le judiciaire. Avoir un système judiciaire qui protège les plus faibles face aux plus forts, au nom du droit et de l’égalité. Pour les Algériens en demande de changement, l’Algérie de demain sera dotée d’une justice libre et impartiale ou ne sera pas.