La grève des magistrats qui a pris fin avant-hier au bout d’un bras de fer intense entre le Syndicat national des magistrats (SNM) et la tutelle, s’il n’a pas encore livré tous ses secrets, exige une évaluation d’un débrayage qui a tenu en haleine l’opinion publique et placé sous les feux de la rampe un appareil judiciaire objet de nombreuses critiques. Ce qui ressort de cette grève qui aura duré 10 jours paralysant cours et tribunaux, c’est que le mouvement annuel opéré par le garde des Sceaux et qui a été à l’origine de la contestation est toujours de mise bien que des ajustements soient apportés dans son application stricte.
C’est ce qui a été résumé dans le communiqué du SNM annonçant la suspension de la grève en soulignant que «les magistrats concernés par ce mouvement et qui sont satisfaits de leur affectation sont tenus de rejoindre leurs nouveaux postes de travail».
Pour leur part, ceux qui contestent la décision « sont aussi tenus de rejoindre leur lieu d’affectation mais uniquement pour les besoins de l’installation sans pour autant entamer leur mission». Il a été précisé, dans ce sens, que ceux représentant cette catégorie pourront ensuite introduire un recours auprès du bureau permanent du Conseil supérieur de la magistrature et attendre la décision de cette instance lors de sa deuxième session prévue pour la troisième semaine du mois en cours.
L’autre élément qui aurait vraisemblablement pesé dans la position des magistrats est le fait que les recours dans les affectations « seront étudiés exclusivement par le bureau permanent du CSM».
Cet élément peut manifestement constituer un point devant permettre une réponse aux doléances des magistrats qui se sont sentis lésés par le mouvement opéré par le ministère de la Justice.
D’autant plus qu’un réexamen dudit mouvement est annoncé dans deux semaines, accompagné, faut-il le souligner, par la prise en charge des revendications salariales des magistrats dès le mois de décembre prochain avec effet rétroactif à partir de janvier 2019.
Ce n’est pas le cas, s’agissant de la revendication politique qui évoque clairement la lancinante question de l’indépendance de la justice que le dialogue tutelle-SNM sous les auspices du président principal de la Cour suprême a renvoyé à un atelier.
Des soutiens timides…
Le mouvement des magistrats, qui a défrayé la chronique depuis l’annonce par M. Zeghmati du mouvement annuel dans la corporation, a évolué au gré du discours du SNM et de son contenu. Au départ du débrayage, l’ensemble des Algériens n’étaient pas chauds à l’idée de soutenir des magistrats.
Il a fallu que le même SNM évoque le point crucial relatif à l’indépendance de la justice pour que l’action des magistrats enregistre des adhésions et des sympathies. Timidement.
Survient ensuite l’incident de la cour d’Oran où il y a eu recours à la violence contre les magistrats grévistes, ce qui a sensiblement changé l’avis de l’opinion publique sur le mouvement des magistrats. Ce recours à la violence sera suivi par la décision de la justice décrétant l’illégalité du débrayage. Le ministère de tutelle accompagnait cependant son traitement intransigeant de la crise par une offre de dialogue qui peinait à prendre forme ni à convaincre les magistrats grévistes.
Ces derniers, appuyés par la position du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) qui s’est démarqué du mouvement opéré par la tutelle, sont allés jusqu’à exiger le départ de
M. Zeghmati au lendemain de l’incident d’Oran.
La posture d’intransigeance privilégiée par le SNM sera cependant tempérée, suite à l’offre de médiation menée par le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) sous la direction de son nouveau président, Bouzid Lazhari, installé en poste il y a quelques jours seulement. Ce dernier avait reçu dimanche le président du Syndicat national des magistrats (SNM), Issaâd Mabrouk, à qui il a exprimé « sa profonde préoccupation quant aux échauffourées enregistrées au niveau de la Cour d’Oran ». Il a appelé les autorités publiques à « agir selon les règles de professionnalisme, adoptées tout au long du Hirak populaire et exhortant le corps des magistrats à se comporter de façon à préserver leur statut de magistrat et leur indépendance ». L’effort de médiation ne semble pas néanmoins être mené uniquement par le CNDH si l’on se fie aux propos tenus par Issaâd Mabrouk lorsqu’il annonçait la suspension de la grève. « La décision portant sur la suspension de la grève « intervient après des médiations de bonnes volontés», a-t-il dit ajoutant que les magistrats «ont répondu favorablement au dialogue à la lumière des circonstances que traverse le pays». Les Algériens se souviendront probablement de cette crise et des mots durs qui ont été échangés entre les deux parties du conflit et qui a vu le ministre Zeghmati sorti « vainqueur» lui qui a été éclaboussé par moment vu l’ampleur de la secousse provoquée par les magistrats grévistes.