Les trois années d’absence n’ont pas eu raison de sa détermination à retrouver le haut niveau et s’imposer, de nouveau, parmi les meilleurs demi-fondistes au monde. Taoufik Makhloufi a été sacré, début octobre dernier, médaillé d’argent sur 1500m aux championnat du Monde 2019 à Doha (Qatar). Un retour au premier plan rendu possible par son entraîneur français Philippe Dupont que l’Algérien admire fortement. A son tour, le coach a loué les qualités mentales de son poulain dans un entretien accordé à « La Gazette du Fennec », un site algérien spécialisé dans l’information en ligne.

C’est un homme qui compte beaucoup pour Makhloufi comme il l’a reconnu dans l’interview qu’il nous avait livrée récemment. Philippe Dupont est l’une des clés ayant permis au récent vice-champion du monde de s’ouvrir, une nouvelle fois, les portes de la gloire. Mais tout cela n’aurait pas été faisable si le natif de Souk-Ahras n’avait pas mis son corps à l’épreuve de rudes entraînements en plus d’un profond travail mental. « C’est jamais facile de revenir après une longue absence, presque deux saisons blanches, c’était un challenge pour moi avec Taoufik.
Il fallait retrouver des envies. La patience et le temps ça finit toujours par payer. La chance que j’ai avec Taoufik c’est qu’il sait gérer ce temps. C’est quelqu’un qui a toujours fait des choix en fonction de ses envies. Taoufik est un humain, il a eu besoin de se reconstruire pour rebondir », a décrypté Dupont.

Capricieux mais sérieux
Tout comme son poulain, il ne s’attendait pas vraiment à décrocher le podium aux Mondiaux : «On espérait seulement faire un résultat à Doha pour accumuler de la confiance en prévision des JO 2020 à Tokyo», a-t-il concédé. Cette breloque en argent est donc inouïe quand on considère le manque de compétition et le début tardif de la préparation. Surtout que le Dz « doit être bousculé » pour se remettre au travail mais « une fois qu’il est dedans, il est consciencieux, rigoureux et sérieux » comme le qualifie Dupont.
Sur la méthode de travail et l’échange entraîneur – athlète, Dupont dit être « touché par le talent des gens. J’ai été athlète et maintenant entraîneur. J’ai côtoyé beaucoup de bons et grands athlètes. Ce que je retiens le plus, c’est les qualités humaines de Taoufik. Avec lui, ça a pris un peu de temps à se mettre en place mais quand j’ai démarré ma collaboration c’était du partage. J’aime le respect que Taoufik a pour beaucoup de choses. J’aime son mental. Il permet d’avancer.»

Retrouvailles décisives
Le passage à vide, après les deux médailles d’argent aux Olympiades 2016 à Rio (Brésil), du champion olympique aux JO2012 de Londres sur 1500m était marqué par la fin forcée de la collaboration avec Dupont. Il a fallu que la Fédération française d’athlétisme (FFA) l’autorise à retravailler avec Makhloufi pour que ce dernier retrouve goût et aille de l’avant. Pour rappel, la FFA n’a pas digéré le fait que Pierre-Ambroise Bosse termine au pied du podium (4e du 800m) aux joutes brésiliennes derrière un concurrent d’un autre pays entraîné par un membre de sa direction technique. Après les retrouvailles, les choses se sont bien passées grâce au « caractère de Taoufik ».
L’athlète de 31 ans « donne beaucoup. Tous les champions sont comme ça mais lui c’est assez démesuré. La capacité qu’il a à donner beaucoup de sa personne, son mental, c’est impressionnant. Il a l’intelligence de canaliser ça et de se fixer des objectifs. Après Rio il avait besoin mentalement de souffler un peu…il a peut être bien eu le nez de le faire pour justement durer dans sa carrière», analyse Dupont. Etre champion c’est beaucoup de travail, de sacrifices mais aussi l’intelligence dans la gestion des efforts et les périodes compliquées. C’est la recette d’un Makhloufi qui a puisé dans les tripes pour être au top. Cap sur les Jeux olympiques de Tokyo 2020 l’été prochain où il sera attendu et pour lesquels son ange-gardien est optimiste.n