Les reports des verdicts des détenus pour port du drapeau amazigh se succèdent, au grand désarroi des concernés, de leurs familles et de leurs avocats, qui ne cessent de s’interroger sur les raisons de ces renvois.
Après donc le report, mardi, au niveau du Tribunal de Sidi M’hamed du verdict concernant six détenus, c’est au tribunal de Baïnem d’ajourner le verdict de 5 autres détenus arrêtés pour le même motif.
En effet, la frustration et l’indignation étaient au rendez-vous, hier, au tribunal de Baïnem qui a annoncé le report à mercredi prochain 13 novembre du verdict dans l’affaire des 5 porteurs du drapeau amazigh, auditionnés par le juge d’instruction le 23 octobre dernier.
Le procureur de la République avait requis, pour rappel, une peine de 18 mois de prison ferme et 50 000 dinars d’amende contre Ider Ali, Boudjemil Mohand, Karoun Hamza, Lekhal Kamal et Okbi Akli. Ces derniers ont été reconduits une nouvelle fois en prison.
Après un premier report dû à la grève des magistrats, observée depuis le 27 octobre dernier, la sentence qui devait tomber hier n’a pas eu lieu, sans que le juge ne donne des explications sur les raisons du report.
Les détenus, qui brandissaient ou étaient en possession du drapeau berbère, ont été arrêtés les 21 et 28 juin pour « atteinte à l’unité nationale », énoncé dans l’article 79 du code pénal. Pour le collectif de défense, « l’arrestation des porteurs du drapeau berbère est hautement politique et leurs procès revêt le même caractère ». Le drapeau berbère « est un drapeau fédérateur et non séparateur. Et tamazight reconnu dans la Constitution de mars 2016 est un facteur d’unité et non de discorde », ont rappelé les avocats lors de leurs plaidoiries.
« Les juges de Sidi M’hamed et de Baïnem prennent trois semaines pour prononcer un verdict sur un dossier, à la base, vide », dit, indigné, Saïd Halit, membre du Collectif de défense. Pour lui, il est « irrationnel et injuste » que les juges ne s’expriment pas. « Lors du débrayage, les magistrats se sont engagés à assurer le service minimum, y compris la prononciation des verdicts. Ce qui ne s’est pas produit lors de la première semaine de l’arrêt de travail ».
« Maintenant, et alors que les magistrats ont repris, on s’attendait à la prononciation du verdict, cela n’a pas eu également lieu, au grand dam des détenus, de leurs familles », regrette l’avocat. Ce dernier est revenu, par ailleurs, sur cette exception qui colle aux tribunaux de la capitale qui font traîner des dossiers vides alors que des cas similaires ont été vite traités par d’autres juridictions à l’intérieur du pays.
« Les tribunaux de l’Algérois font l’exception. Ils ne prononcent pas les verdicts et ne programment pas une date fixe pour le procès des détenus d’opinion, dont certains ont bouclé les premiers quatre mois de détention préventive», fulmine le même avocat.

114 détenus, selon des avocats
S’agissant du nombre de détenus recensés à l’heure actuelle, nous avons appris qu’ils sont 114 à être en prison dans le sillage du mouvement populaire. « A l’heure actuelle, les avocats parlent d’une liste de 114 détenus à travers le territoire national en raison de leurs engagements dans le Hirak », nous dit Salah Abderrahmane, membre du collectif de défense. Les détenus sont, en effet, poursuivis pour atteinte aux corps constitués, atteinte à l’unité nationale et atteinte au moral de l’Armée, incitation à l’attroupement et incitation à la violence. Les robes noires considèrent que les interpellations et arrestations enregistrées sont un « signe avant-coureur de la volonté de faire glisser le mouvement, qui atenu huit mois dans le pacifisme, vers la violence », avertissent les avocats.<