Mohamed Cherif Belmihoub n’a pas mâché ses mots lors de son passage, hier, à l’émission « l’invité de la Rédaction » de la Chaîne III. Sur le projet de loi sur les hydrocarbures, qui a été présenté hier à l’APN, il considère que même si le texte est opportun, qu’il règle les problèmes de production de Sonatrach, le texte ne règlera nullement les problèmes de gouvernance dans le secteur et la bureaucratie à laquelle font face les entreprises dans la branche. Sur la chute de production de Sonatrach, il relève que cette tendance remonte à 2008. Il y a eu une baisse des investissements dans le secteur depuis une décennie.
Cette chute de production résulte, comme dans les autres secteurs, de l’absence de décisions. Des décisions qui devaient être prises, mais qui ne l’ont pas été. Le texte, ajoute-t-il, à l’instar d’autres économistes ou spécialistes du domaine, ne règle pas le problème de la sécurité énergétique du pays, celui de la transition énergétique liée au développement des énergies renouvelables ni du gaspillage de l’énergie ni des subventions. A cet égard, il a signalé que l’Etat dépense 16 milliards de dollars annuellement au titre des subventions implicites accordées au secteur de l’énergie et laisse entendre que ce niveau de dépense budgétaire, dans ce contexte, s’avère insoutenable. L’économiste appelle à l’ouverture d’un débat national qui mette à plat ces questions et auquel participeraient politiques, économistes et spécialistes du domaine.
Mohamed Cherif Belmihoub comme d’autres économistes et autres spécialistes du domaine est plutôt favorable à un texte qui définit une politique énergétique globale. Sur la bureaucratie, il a affirmé que si les compagnies sont intéressées par le nouveau cadre législatif, elles buteront sur des entraves bureaucratiques, en particulier, la bureaucratie des communes et des directions des mines au Sud du pays. En revanche, il a soutenu que ce texte ne remet pas en cause la souveraineté du pays, contrairement à certaines voix de l’opposition.
Sur le projet de loi de finances 2020, qui sera soumis aujourd’hui à l’examen de l’APN, il estime que la mouture n’apporte aucun changement en matière d’orientation de la politique économique du pays. Point le plus important, il considère que le texte n’institue aucune mesure qui puisse contribuer à régler les difficultés budgétaires. Il avance qu’en juin ou juillet prochain, le Trésor pourrait ne pas faire face à des dépenses budgétaires inscrites dans la loi de finances 2020, lorsqu’il s’agira de payer des situations financières ou obligations financières à cette échéance, à moins de recourir à la planche à billets. En clair, ce texte ne comporte aucune mesure destinée à contribuer à solutionner la crise budgétaire à travers l’élargissement de l’assiette fiscale, la légalisation de l’informel. Sur ce dernier point, il a ajouté que le marché parallèle a pris une telle ampleur en Algérie qu’il représente un grand danger pour la sécurité nationale. Il ira jusqu’à dire qu’il pourrait prendre le pouvoir en Algérie. Il s’agit de le juguler, non pas par des mesures coercitives, mais par des mesures économiques intelligentes. L’informel constitue une concurrence déloyale au point que des entrepreneurs passent du formel à l’informel pour sauvegarder leur entreprise, a-t-il souligné. Pis, à cette allure, il n’y aura que les salariés qui paieront les impôts à l’avenir.
Concernant l’autorisation d’importation de véhicules de moins de trois ans, une disposition contenue dans le projet de loi de finances 2020, Mohamed Cherif Belmihoub estime qu’elle constitue une prime au marché noir de la devise. En d’autres termes, elle encourage le marché parallèle de la devise. Ce n’est pas une priorité, a ajouté l’économiste. Cette mesure montre l’incompétence de nos gouvernants, a-t-il lancé, tout comme celle qui concerne les kits électroménagers. Il fallait autoriser l’importation de kits pour les entreprises qui ont fait des progrès dans l’intégration du produit et interdire leur importation à celles dont les produits constituent une importation déguisée, a-t-il laissé entendre. Il convient en quelque sorte de séparer le bon grain de l’ivraie.n