Le décret exécutif régissant la profession d’expert devrait être révisé, a plaidé hier à Alger le président de l’Académie algérienne de développement des sciences médicolégales (AADSML), le Pr Rachid Belhadj. «Il y a lieu de revoir le décret exécutif fixant les normes de désignation et d’exercice des experts, à travers une commission mixte entre les ministères de la Justice et de la Santé », a-t-il déclaré, en marge du 3e Congrès international de l’Académie, en présence de spécialistes nationaux et nord-africains.

L’intervenant a défendu bec et ongles la nécessité de procéder à une révision des textes encadrant la profession d’expert qui doit désormais obéir à «des normes internationales en vigueur, sachant qu’en Algérie, elle est encore régie par un texte datant de 1995 ». Ce texte réglementaire « a eu le mérite de mettre de l’ordre dans la profession en faisant la distinction entre médecin assermenté et médecin expert, l’expertise étant un acte médical spécialisé nécessitant une formation », a-t-il précisé. Avant de faire remarquer que «depuis sa promulgation, une confusion s’est installée entre les spécialités de médecin thérapeute et de médecin expert, qui sont pourtant différentes dès lors que l’un ne peut pas systématiquement exercer la spécialité de l’autre ». Pour lui, « l’idéal est de pouvoir faire les deux en même temps » pour atteindre aussi bien une modernisation dans la gestion de la discipline que la complémentarité entre les deux spécialités. Le même intervenant a mis aussi en évidence, la nécessité d’établir « une liste des experts à l’échelle nationale par le biais d’un comité ad-hoc qui veillerait aussi à l’évaluation et au contrôle périodique des activités des experts, eu égard aux dérapages qui peuvent parfois survenir », estimant que ces experts doivent faire l’objet de « mise à niveau et de formation tout aussi régulières ».
Pour ce qui est des erreurs médicales, le Pr Belhadj a fait part d’une «réflexion en cours » et qui consiste à «dépénaliser » celles-ci, hormis celles qui seront jugées « graves » et ce, en concertation avec le Conseil national de l’Ordre des médecins. Il a suggéré, dans le sillage, la mise en place d’un «Fonds national d’aide destiné aux victimes de fautes médicales » afin de leur faire éviter le laborieux parcours pour se faire indemniser. Dans le même registre, le président de l’Académie a fait savoir son intention de développer, en collaboration avec les magistrats, le concept du « Collège d’experts » qui serait composé des différentes spécialités impliquées. Sur la question des barèmes d’évaluation des taux d’invalidité suite aux accidents de travail, le Pr Belhadj a fait savoir que l’Algérie « continue d’appliquer ceux hérités de l’ère coloniale, lesquels remontent à 1966 », soulignant l’importance pour l’Algérie de se doter de « ses propres guides des barèmes ». Cette finalité demeure « réalisable », assure-t-il, à travers « les financements conséquents ainsi qu’un travail de recherche scientifique qu’il faudra encadrer », appelant les institutions concernées à « s’y intéresser ».
L’orateur a conclu son intervention en regrettant « l’inexistence de l’autopsie scientifique en Algérie », tout en rappelant que la toute première autopsie au Maghreb sur cadavre s’est faite en Algérie, en 1875, au niveau de la première faculté de médecine du pays.