L’Assemblée nationale a officialisé, hier, lors d’une plénière, l’engagement du gouvernement à faire adopter le projet de loi sur les hydrocarbures. Si le vote n’est pas encore officiel, le projet de loi a suscité plusieurs réactions de rejets, tant en amont, qu’à sa présentation, hier, devant les députés de la chambre basse du Parlement. Jamais un projet de loi n’a suscité autant de controverses auprès même des partis et organisations de la majorité acquises aux projets du gouvernement.

Dès le matin, la séance de présentation de la nouvelle loi sur les hydrocarbures a été émaillée de quelques grabuges ; certains députés ont tenu à exprimer leur rejet du projet de loi en organisant un sit-in de protestation dans l’enceinte même de l’Assemblée. En effet, des députés du RCD, de l’Alliance Adala-Nahda-El Bina ont organisé un rassemblement à l’intérieur de l’Assemblée, brandissant des pancartes sur lesquelles l’on pouvait lire clairement leur position de rejet de ce projet de loi qui fait polémique. L’opposition, qui a rejeté ce projet de loi dès sa réapparition dans les hautes institutions de l’Etat, a émis des réserves se rapportant essentiellement au fait que le timing choisi pour l’examen et la validation de la nouvelle loi n’est pas fortuit, alors que le pays traverse une insurmontable impasse politique. Le député du mouvement El Bina, Lakhdar Benkhelaf, a indiqué que les «députés ne doivent que répondre aux revendications du peuple qui ne reconnaît pas d’ailleurs ce gouvernement. Tout comme ce Parlement d’ailleurs». Il souligne, au sujet du projet de loi sur les hydrocarbures, «que le texte est rejeté dans le fond comme dans la forme étant donné qu’un texte d’une telle sensibilité, engageant l’avenir de la nation, ne peut être examiné par des institutions illégitimes ». Plus tard, alors que le tic-tac de la pendule de l’Assemblée semblait impossible à enrayer, plusieurs milliers de personnes, notamment des étudiants qui manifestent comme chaque mardi à Alger contre le régime, se sont rassemblées, hier, devant l’Assemblée populaire nationale (APN) pour exprimer à leur tour leur rejet du texte proposé par le gouvernement à l’Assemblée. «Loi hydrocarbures, à la poubelle!», «Vous avez vendu le pays, traîtres», ont-ils scandé, appelant à «faire tomber le Parlement », avant de quitter les lieux au bout de 45 minutes environ. C’est un rassemblement qui rappelle un précédent auquel ont rejoint des milliers de citoyens dès l’adoption du projet de loi sur les hydrocarbures en Conseil des ministres. Plusieurs autres marches spontanées ont eu lieu à travers plusieurs wilayas du pays dès le lendemain de la validation dudit projet en Conseil des ministres.
Pour sa part, la classe politique était, d’abord, unanime à dire la nécessité d’un travail approfondi et une concertation à grande échelle sur le projet d’une nouvelle loi sur les hydrocarbures. Cette concertation, menée essentiellement par la Commission des affaires économiques, de l’industrie, du commerce et du développement de l’Assemblée, dans l’aval de l’adoption de la nouvelle loi en conseil des ministres, n’a impliqué que les responsables actuels et précédents du secteur de l’Energie. Les experts ont pourtant appelé à mener une réforme profonde sur la politique énergétique du pays, jugeant que les mesures prévues dans le projet de loi sur les hydrocarbures sont insuffisantes pour répondre aux défis énergétiques titanesques auxquels fait face le pays. Certains d’autres, plus mesurés que les politiques, estiment que le projet de nouvelle loi ne revêt aucun caractère urgent alors que la manière par laquelle il a été proposé trahit un empressement inédit qui ne saurait être justifié par la baisse de la production, des quantités exportées et par la hausse de la consommation interne. Sur le fond, il y a bel et bien péril en la demeure, étant donné que le secteur des hydrocarbures enchaîne les pires contreperformances depuis maintenant plus d’une décennie, mais le timing et cette manière de faire a suscité moult questionnements et déchaîné les passions autour d’un projet de loi qui peut se justifier aisément. Une chose est sûre, jamais un projet de loi n’a suscité autant de divergences. Un fait inédit depuis la fameuse loi de Chakib Khellil, alors ministre de l’Energie et des Mines, présentée en 2005 et qui a fini par être retirée.