Le rapport entre la littérature et le théâtre par « l’adaptation comme acte créatif  à part entière » était la thématique centrale de la rencontre organisée, lundi dernier, dans le cadre de l’animation culturelle de l’édition 2019 du Salon international du livre d’Alger. Lors de cette rencontre,  animée notamment par  les metteurs en scène et dramaturges Ziani Cherif Ayad, Omar Fetmouche, Haroun El Kilani et les universitaires Ahmed Cheniki et Abdelhadi Dahdouh, les différents intervenants ont  partagé leur avis  sur cette thématique à travers  leurs expériences dans l’écriture et la mise en scène.

Le metteur en scène et dramaturge Ziani Cherif Ayad estime que le théâtre algérien souffre d’un manque d’auteurs de textes, soulignant que le texte dramatique, tiré d’une œuvre littéraire, relève d’une autre écriture «totalement différente ». Illustrant ces propos par son expérience de  la mise en scène de la  mythique pièce algérienne « les Martyrs reviendront cette semaine », une adaptation du roman éponyme de Tahar Ouettar, Ziani Cherif Ayad relève l’absence de rapports entre l’auteur et le metteur en scène qui se charge de transférer son œuvre sur les planches. Il poursuit en plaidant pour un passage « intelligent du récit au spectacle à travers une mise en lecture préalable ». Il appuie  sa déclaration  en citant ses expériences avec le roman « Sans voile et sans remord » de Leïla Aslaoui, adapté au théâtre par le nouvelliste et dramaturge Arezki Mellal sous le titre de « Bahidja » et « Elf tahiya li Aarfiya », puisé de « Mille hourras pour une gueuse » de Mohamed Dib. De son côté, l’académicien et chercheur Ahmed Cheniki affirme que «la création n’existe pas, je préfère parler de production que de création car le théâtre est un espace de production ». Précisant que «la littérature et le théâtre sont deux choses très différentes. Le théâtre est un art à part entière, il est autonome, il est à la fois production littéraire et représentation». Pour cet universitaire, enseignant de théâtre, la notion de l’adaptation est « vide de sens dès lors que le metteur en scène  procède à une autre écriture ».  Ahmed Cheniki met en exergue, à cet effet,  les expériences de Kateb Yacine et Toufik El Hakim, qui ont transformé des œuvres initialement destinées à la littérature en des textes dramaturgiques dans des «formes différentes ». Pour sa part, le dramaturge et metteur en scène Omar Fetmouche explique que l’adaptation de textes littéraires au théâtre n’était pas « une simple transposition » de l’œuvre, devant être réécrite dans la langue intermédiaire, rendue dans la « tonalité sociale et l’esthétique artistique ». Tenant compte de la « nécessité de faire abstraction de l’auteur de l’œuvre littéraire »,  Omar Fetmouche a énuméré aux présents ses travaux d’adaptation des romans de grands auteurs algériens à l’instar «Les vigiles » de Tahar Djaout et « le Fleuve détourné » de Rachid Mimouni. Il  citera, pour soutenir ses propos, le théoricien du théâtre et dramaturge français Antonin Artaud, qui préconise  de « chasser l’auteur du théâtre », pour donner une lecture différente à l’œuvre originale.
Quant au metteur en scène Haroun El Kilani, il confie aux présents ses « expériences inabouties » avec l’adaptation de textes littéraires universels à l’instar de « L’étranger » d’Albert Camus et «Crimes et châtiments» de Dostoïevski, qu’il décrit comme une « expérience ratée ».  Fort de ses exemples personnels, il a ainsi  souligné l’importance d’une «adaptation en adéquation avec l’environnement socioculturel » choisi par l’auteur.
Un avis partagé par Abdelhadi Dahdouh qui, selon lui, le « manque de textes dramaturgiques a engendré le recours vers l’adaptation, notant à ce propos que pour susciter l’intérêt, le choix de l’espace, un des éléments fondamentaux dans l’expression dramaturgique, doit tenir compte de  l’aspect identitaire et culturel du public ».