Du jamais vu. Des éléments anti-émeutes de la Gendarmerie font irruption à l’intérieur de la Cour d’Oran et font usage de la force pour évacuer les magistrats qui refusent de libérer leurs bureaux conformément au dernier mouvement opéré par le ministère de la Justice. Une image extrême à la mesure d’une crise qui semble aller vers davantage de pourrissement. La crise magistrats-ministère de la Justice est à l’évidence une conséquence de la crise politique aiguë qui accapare le pays depuis bientôt une année. Le pouvoir semble visiblement vouloir passer en force au lieu d’opter pour la voie du dialogue. La grève fortement suivie des magistrats,
en signe de protestation contre un mouvement exceptionnel d’une ampleur sans précédent initié par le ministre de la Justice, est une véritable alerte qui appelait un traitement intelligent. Mais le Syndicat de la magistrature se trouve confronté à «l’attitude hautaine» de la tutelle et dénonce un mouvement qui ne respecte pas les formes légales décidé unilatéralement par le ministère de la Justice. La grève illimitée des magistrats entame sa deuxième semaine. Et à quelques semaines d’une élection présidentielle cruciale pour l’avenir du pays, le bras de fer avec les juges n’augure rien de bon. Le ministère de la Justice recourt à la force pour imposer son vaste mouvement. Et la colère des magistrats ne fera que s’exacerber. La bataille au sein de la justice, l’un des principaux piliers de tout Etat de droit, dépasse le cadre corporatiste. Il s’agit que l’on veuille ou non d’une lutte pour consacrer l’indépendance de la justice. Les soubresauts qui secouent ce secteur sont loin d’être anodins. Cela va en droite ligne des exigences du changement prôné par le mouvement populaire. Il est évident que l’un des principes fondateurs d’un système démocratique est une justice indépendante. Quand la justice dysfonctionne, non seulement la démocratie est mise à mal, mais la société devient plus violente. Une justice impartiale et indépendante est un vœu cher aux Algériens.