Le hasard a fait que nous soyons présents aux environs du CHU dans la nuit de samedi. Les palabres de plusieurs personnes à l’entrée des urgences pédiatriques avaient attiré notre attention et celles d’autres personnes. Au milieu de l’attroupement, un père de famille nous avait pris à témoin pour un refus des médecins de porter assistance à personne en danger.

«J’ai ramené mon fils de quatre ans, qui se plaint de maux de tête, de gastriques et de vomissements. Je l’ai ramené aux urgences pédiatriques du CHU et là, je crois que c’est moi qui vais me retrouver en détresse respiratoire. »
Quadragénaire, notre interlocuteur, accompagné de sa femme et de son enfant qui ne faisait que répéter « j’ai mal » en se tenant la tête, a cru qu’en ramenant son enfant de Ali Mendjeli au CHU de Constantine, à 20 km de là, une prise en charge s’imposait. Que nenni. Il subira, comme d’autres avant lui un niet catégorique des trois médecins de garde. La raison invoquée serait une circulaire qui explique que les malades doivent être en possession d’une orientation bien en règle d’une polyclinique, justifiant que le cas est bien une urgence, pour que le malade puisse être pris en charge. Et que de toute façon «les urgences pédiatriques ne prenaient pas en charge les enfants de plus d’un an et demi». Une aberration, sachant, d’une part, que les polycliniques enregistrent un taux d’absentéisme record à partir de… 14H, et, d’autre part, que l’orientation serait une perte de temps énorme, justement en cas d’urgence.
« Je comprends que les médecins doivent se conformer au règlement, même s’il est tordu. J’ai demandé aux trois médecins de me définir ce qu’était une urgence, personne ne m’a répondu, se contentant de m’exhiber la note, source de tous les maux, mais sur laquelle n’était mentionné nulle part l’âge des enfants à ausculter », ajoutera notre interlocuteur.
Sur place, plusieurs autres personnes, désorientées ne savaient plus quoi faire pour soulager leurs malades. La plupart étaient venus avec un taxi clandestin et devraient le reprendre pour trouver un médecin salvateur. Plusieurs essayeront la clinique pédiatrique de Mansourah, mais ses services d’urgence ultra bondés, du fait de la carence de celles du CHU, a fait que bon nombre d’entre eux étaient revenus chercher un conseil, une orientation pour savoir quoi faire.
Notre interlocuteur aussi désemparé que les autres, d’autant que lui-même et sa femme sont dans le domaine du médical, n’aura d’autre alternative que de publier un post sur sa page Facebook demandant à ses amis, aussi bien réels que virtuels, une aide. La réponse ne tardera pas à tomber puisqu’un pédiatre, un vrai celui-là, proposera à notre papa de ramener son fils à son domicile pour auscultation.
« J’ai de la chance dans mon malheur, ajoutera-t-il. Le médecin habite Khroub, à 15 km, je suis véhiculé, je vais y aller. Mais ce n’est pas le cas pour tout le monde. Et je viens d’apprendre que chaque nuit, c’est le même scénario qui se reproduit. Il faut que les concernés revoient leur note, et surtout que les médecins aient plus d’humanisme ».
Nous apprendrons par un coup de téléphone, que Lamine, c’est comme ça qu’il se prénomme, était retourné chez lui, serein, après une auscultation chez le pédiatre de Khroub, qui avait diagnostiqué une bonne angine qui ne sera plus qu’un mauvais souvenir dans quelques jours aussi bien pour lui que pour son petit garçon qui ne cessait de répéter pendant toute la soirée, nous dira son père aussi soulagé que dégoûté : « Papa, c’est quoi une urgence ? ».