Reporters : D’après vos déclarations, le Conseil National des Droits de l’Homme a enregistré plus de 700 plaintes et requêtes déposées durant les premiers 09 mois depuis le début d’année, dont 500 étaient traités. Peut-on connaitre leur contenu ?
Fafa Si Lakhdar Benzerrouki : Le contenu des plaintes et des requêtes que nous avons reçues depuis le début de l’année ne diffère pas beaucoup de celles qui nous sont parvenues durant les années précédentes. Il se rapporte généralement à la revendication de droits sociaux comme le logement, l’accès à la santé ou le travail par exemple comme il a trait aussi à la réclamation de règlement de conflits de type juridique et administratif. Beaucoup de dossiers que nous avons traités concernent également l’épineux problème des violences domestiques dont sont victimes les femmes principalement… Nous travaillons conformément aux missions pour lesquelles le Conseil national des droits de l’Homme a été créé et selon le principe de l’universalité des droits humains sans distinction de races ni de sexes, en prenant en charge les questions relatives aux droits à l’éducation, à la santé, à l’emploi, à l’égalité entre hommes et femmes ainsi qu’à un environnement sain… Le nombre de ces plaintes et requêtes correspond à peu près au niveau de sollicitation habituel du CNDH : en 2017 par exemple, nous avons reçu 848 plaintes et requêtes, dont 577 ont été traités par nos soins. En 2018, nous avons reçu quelque 1438 plaintes et requêtes, 1258 ont été traitées également. En moyenne, nous recevons dans nos bureaux plus de 600 personnes dans l’année. Beaucoup d’entre elles ne sont pas de nationalité algérienne car le CNDH est ouvert à tous… Je vous informe que dans l’hôpital de Tamanrasset que nous avons visité, dernièrement, 30% des patients sont subsahariens. Car, en Algérie, nous soignons les personnes sans demander leur nationalité ou quoi que ce soit.

Vous avez constaté, lors de votre visite au centre des personnes âgées de Sidi Moussa, la présence des malades mentaux, ce qui n’est pas normal. Y a-t-il du nouveau ? Est-ce que on a évacué ses malades ? Avez-vous constaté des cas pareils dans d’autres centres d’accueils… ?
Dans le cadre de nos prérogatives, en effet, nous avons visité le centre d’accueil des personnes âgées de Sidi Moussa, près d’Alger. Sur place, nous avons constaté la présence anormale et inacceptable de jeunes personnes handicapées et atteintes de troubles psychiatriques. Après avoir établi un rapport sur la situation, nous avons demandé aux autorités compétentes à ce que ces malades soient pris en charge dans des centres appropriés et spécialisés. A part cela, toutes les personnes qui s’y trouvaient étaient bien prises en charge en termes d’hygiène, de nourriture et de santé. Pour ce qui est de l’évacuation de ces malades, je ne peux vous répondre dans la mesure où notre travail s’est limité pour l’instant aux recommandations et c’est aux autorités compétentes de prendre la décision qui s’impose. Le centre d’accueil de Sidi Moussa est le seul centre que j’ai visité. Je ne suis pas au courant de la situation qui prévaut dans les autres centres pour personnes âgées.

Pensez-vous que le CNDH dispose de la visibilité nécessaire pour bien mener ses missions ?
Oui, bien sûr. Je vous renvoie au nombre de plaintes et requêtes que nous recevons et traitons chaque année depuis que le Conseil est en activité. Le Conseil est non seulement visible mais il répond à une volonté politique inscrite dans la Constitution de 2016 et dans la loi du 3 novembre de la même année de promouvoir et protéger les droits de l’homme.

Depuis que l’Algérie vit à l’heure du « 22 février », partis politiques et collectifs associatifs et syndicaux dénoncent les dépassements et les violations des droits des personnes placées en détention préventive pour avoir manifesté ou exprimé une opinion politique. Sur ces manifestants emprisonnés, le CNDH n’a rien dit, pourquoi ?
Aucune des plaintes et requêtes que nous avons reçues ne portent sur ces affaires. Et puis, écoutez, je reviens toujours aux dispositions légales qui définissent les missions de notre Conseil. Le Conseil examine toute situation d’atteinte aux droits de l’Homme constatée ou portée à sa connaissance sans préjudice des attributions du pouvoir judiciaire. Aussi bien dans la Constitution que dans la loi de 2016, il est énoncé que les actions du CNDH doivent être dans le cadre des limites de sa compétence sans préjudice aux compétences du pouvoir judiciaire… C’est aux juges de qualifier les faits et de trancher. Cependant, le Conseil est en situation de demander à ce que les personnes arrêtées aient un procès équitable et nous le faisons. D’ailleurs, je suis persuadée que tout procès sera équitable.

Pensez-vous que les Algériens font confiance au CNDH ?
Il faut leur poser la question. Nous faisons notre mieux pour détecter toute violation de droits de l’Homme. Vous savez que depuis le 22 février et après chaque manifestation, nos correspondants locaux nous envoient des rapports. Nous comptons des membres qui ont participé aux marches. Je vous rappelle encore une fois que nous n’avons reçu aucune requête relative aux violations des droits de l’Homme pendant ces huit derniers mois.