Tout aussi surprenante que la grève enclenchée par les magistrats, la décision du Conseil Supérieur de la Magistrature de cautionner la contestation en gelant tout simplement les mouvements opérés dans le secteur par le ministre de la Justice l’a été tout autant. Issad Mabrouki, le président du Syndicat national des magistrats, apparemment satisfait de l’ampleur de la protesta, se confie à Reporters.

Reporters : Voulez-vous nous en dire plus sur la grève décidée le 26 octobre par votre syndicat, et qui, apparemment, a eu un large écho auprès de vos confrères ?
Issad Mabrouki : Je crois que notre communiqué a été très clair à ce sujet. Nous avons plusieurs revendications dont l’indépendance de la justice, des doléances socio professionnelles et, bien sûr, le mouvement des magistrats opéré par le ministère de tutelle décidé le 24 octobre, en violation de toutes les normes.

Pourtant, suite à votre décision de lancer un mouvement de grève, le ministère de la Justice, se confortant sur plusieurs articles de loi,a déclaré ce débrayage illégal. Qu’en pensez-vous ?
Le Conseil supérieur de la magistrature nous a apporté son soutien clamant qu’il n’a été à aucun moment associé à ces décisions de mouvements des magistrats, un mouvement qui ne peut se faire sans consultation et approbation du CSM. Ce dernier ne veut pas cautionner ce mouvement, et exige que ce dernier soit gelé, en attendant de prendre connaissance des listes et des mutations désignées. En tout cas, c’est entre le ministère et le CSM, et nous on reste sur nos positions.
D’ailleurs, le communique du ministère est plein de contradictions et de fautes. Nous avons contacté le ministère et lui avons suggéré que les magistrats ayant dépassé ou égalé 5 ans au même poste doivent, selon le règlement, être mutés ailleurs. Mais aucunement ceux qui ne sont sur place que depuis un ou deux ans, et qui n’ont même pas eu le temps de s’impliquer pleinement dans leur travail. C’est une violation du droit du magistrat à la stabilité.

Le Conseil supérieur de la magistrature a-t-il la latitude, légalement de s’opposer à une décision du ministre de la Justice ?
Oui, il le peut. La décision du ministre, je le répète, est illégitime, sans fondement.
C’est le Conseil supérieur de la magistrature qui doit faire les mouvements, pas le ministre.
Une grève suivie à presque 100 %, un Conseil supérieur de la magistrature de votre côté.

Cela peut-il impliquer une protestation illimitée ?
On a commencé, on a fait de l’opposition, on ne pourra que continuer.
Les gens doivent savoir, et c’est important, que la remise en cause du mouvement des magistrats n’est qu’un point dans une longue liste de revendications, comme le
statut particulier qui traîne encore, les règlements de la fonction dans la justice ne sont pas équitables, la gestion de la carrière du magistrat qui est très mauvaise, quand elle n’est pas totalement absente.