Si l’installation des responsables de wilaya de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) n’a pas suscité l’adhésion de la population, celle de Constantine a commencé, comme dans les autres wilayas par une indifférence totale, jusqu’à ce que le Constantinois lambda découvre une photo de Mohamed Charfi, le président de l’autorité citée plus haut, carrément dans les bras de Abdellah Boukhelkhal.

Pourtant Charfi, qui s’est déplacé à Constantine le 11 octobre dernier, devait installer les responsables de Mila, Skikda et Constantine et « non s’afficher avec Boukhelkhal », nous dira un membre de la commission constantinoise. Constantine qui a vu un inconnu être nommé à la tête de la commission, ce qui est un gage d’honnêteté par ces temps de suspicion, un enseignant à l’université Mentouri, n’a pas apprécié que Boukhelkhal fasse partie de ladite commission, surtout qu’il a eu un accueil spécial de la part de Charfi et attiré toutes les caméras présentes lors des investitures.
Les membres de la commission de contrôle des élections de Constantine ont aussitôt saisi Mohamed Charfi, suivant la voie hiérarchique, pour contester la nomination de Boukhelkhal en tant que membre. « Nous voulons un nouveau départ, nous dira Hamza, un membre de la commission. Mais la présence de Boukhelkhal nous porte préjudice eu égard à son passé d’allégeance sans bornes à Bouteflika, en plus des nombreux scandales qui ont émaillé sa carrière ».
Pour rappel, Abdellah Boukhelkhal a été recteur de l’université islamique Emir Abdelkader de Constantine pendant une quinzaine d’années. Il a su surfer sur toutes les vagues, celles de l’islamisme, quand il le fallait, et celle du FLN et surtout sa soumission connue à Bouteflika, étant un de ceux qui ont honoré « le cadre ». Boukhelkhal connaîtra aussi des scandales vite étouffés sur l’utilisation de l’imprimerie de l’université à des fins personnelles commerciales, en plus de doutes sur des marchés et la gestion de la location des magasins de cette même université. Il sera aussi accusé de plagiat sur l’unique publication en son nom, son mémoire de doctorat. Personnage sulfureux, il avait disparu de la scène politique il y a quelques années puis est réapparu avec son intronisation, en tant que simple membre, il faut le préciser.
« Comme rien ne se cache, nous avons tenu une première réunion dans l’enceinte qui servait aux élections, nous dira encore notre interlocuteur. Et surprise, sur le tableau étaient affichés les noms des membres du comité de soutien à Bouteflika. Et devinez qui en était le président ? Abdellah Boukhelkhal lui-même. Nous avons pris ledit document en photo, en présence du principal concerné qui se faisait tout petit, et l’avons envoyé à notre premier responsable et à Mohamed Charfi il y a une dizaine de jours. Nous attendons la réponse ». La maladresse de Charfi sera-t-elle réparée ? La réponse coule de source si l’ANIE est vraiment une institution indépendante. D’ailleurs, les membres constantinois de l’ANIE, même si ce ne sont que des murmures, menacent de jeter l’éponge tant qu’un représentant du système sera sur la liste de ceux qui sont censés organiser, surveiller et déclarer les résultats de l’élection présidentielle du 12 décembre prochain. n