Elle avait 23 ans et voyait la vie en rose. Rose comme le mois d’octobre qui a été promu pour une efficiente lutte contre le cancer du sein.

Elle avait 23 ans et terminait sa licence en droit, en compagnie de son fiancé. Elle se pressait pour son mémoire parce qu’au bout ce seront les flonflons et le baroud du mariage tant attendu. Chahra se maria donc par un lumineux mois de juin et passera sa lune de miel aux iles Maldives. Un cadeau de son beau-père. De retour des iles paradisiaques, elle passait son temps à jouir de sa nouvelle vie, sans tirer des plans sur la comète. Des mois passèrent, et Chahra eu le bonheur de mettre au monde un joli poupon. Comme elle était encore femme au foyer, elle s’appliqua avec amour à allaiter son enfant. Puis des douleurs au sein droit commencèrent à la titiller. Elle n’y prêta pas une trop grande attention, mais finira par céder au désir de son mari d’aller consulter. Un ami de son beau-père, chirurgien de son état, très connu à Constantine se chargera d’ausculter la jeune femme. Le verdict ne tardera pas à tomber comme un couperet : un cancer du sein se manifeste, «il est encore au premier stade, mais il faut opérer très vite». Après analyses et marchandages avec le médecin pour les arrhes nécessaires à son acte chirurgical, l’opération eu lieu dans une clinique privée, «à cause des infections nosocomiales dans le secteur public», se justifiera le médecin. Plusieurs mois après, les cicatrices de l’ablation du sein n’étaient plus béantes, mais le moral de Chahra en avait pris un coup, et elle s’engouffrait chaque jour qui passe dans l’abysse d’une dépression annoncée. Son beau-père proposera à son fils de faire un long voyage en Europe question de remonter la pente sur laquelle glissait sa femme, «et par la même occasion, tu consulteras en France, peut-être que ça ira mieux». Des semaines après avoir sillonné plusieurs villes européennes, le couple se rendit chez un spécialiste du CAC à Paris, pour un premier contrôle. «Quand il a froncé les sourcils en jetant un œil au dossier de ma femme, j’ai eu les jambes sciés. Mais quand il m’a demandé de refaire certaines analyses, «pour en avoir le cœur net», j’ai carrément flippé», nous dira Moncef, le jeune mari éploré. De retour chez le médecin, ce dernier s’était paré d’autres confrères, une sorte de conseil médical. Le diagnostic étonnera aussi bien les médecins que le malheureux couple : Chahra n’a eu à aucun moment des tumeurs cancéreuses, et les analyses faites en Algérie abondaient dans ce sens, donc l’ablation du sein a été faite pour rien, «et c’est parce que les analyses faites en Algérie étaient négatives que j’ai demandé de de refaire certaines pour repérer des marqueurs tumoraux, qui en fait n’ont jamais existé. Sur les radios faites en Algérie, il y avait juste quelques veinules visibles, que toutes les femmes qui ont allaité possèdent, ce qu’explique d’ailleurs le compte-rendu. Je ne pense pas qu’un chirurgien ne sache pas lire un compte-rendu, et l’opération a été faite à la hâte, et à aucun moment elle n’était justifiée». Chahra a donc été charcuté à 24 ans pour rien. Elle a perdu une partie de sa féminité pour rien. De retour à Constantine, le chirurgien, qui n’en était pas à son premier charcutage, prendra la poudre d’escampette, menacé physiquement par le père et le fils. Il dira son grand regret de son erreur fatal et était même «prêt à rembourser !» son acte chirurgical, son acte félon. La justice sera saisie, et le médecin subira plusieurs plaintes de la part d’autres victimes, la boîte de Pandore étant ouverte par Moncef. Mais la justice n’ira pas au bout de son implacabilité. Le médecin décédera subitement d’un arrêt cardiaque, laissant moult victimes de ses actes, eux, blessés pour la vie. D’autres Chahra ont été elles aussi charcutés, et elles porteront à jamais les stigmates de plusieurs actes de médecins dont la conscience rime avec cupidité et rapacité. Hommage aux nombreuses Chahra !