Le chiffre d’affaires d’Air Algérie s’est établi à 53,5 milliards de dinars durant les sept premiers mois de 2019, soit une hausse de 5% par rapport à la même période de 2018, a indiqué hier son P-DG Bakhouche Allèche.

Ce résultat permet à la compagnie aérienne nationale d’être en cash-flow « positif » et à l’abri de problèmes de trésorerie majeurs, a souligné M. Allèche dans un entretien accordé à l’APS. Il s’inscrit dans la tendance haussière qu’a connue l’entreprise ces trois dernières années et qui a conduit à un chiffre d’affaires de 91 milliards de DA en 2017, puis d’un autre de 102 milliards de DA en 2018, soit « une progression de 12% » par rapport aux années précédentes, a précisé son premier responsable.
En dépit d’un CA en hausse, Air Algérie reste loin des performances commerciales qu’elle est en mesure d’atteindre. Et pour cause, la compagnie pâtit d’un réseau domestique qui « plombe » ses résultats, a fait savoir M. Allèche. Et pour cause, ce réseau ne contribue qu’à hauteur de 10% au chiffre d’affaires, alors que 48% de l’enveloppe globale de ses vols sont consacrés à la couverture du réseau intérieur, a-t-il expliqué, ajoutant que le transport aérien, qui est une activité « fortement capitalistique », n’est pas d’une « rentabilité exceptionnelle en raison des faibles marges qu’il dégage ».
Dans le même chapitre financier, le P-DG d’Air Algérie a défendu son entreprise contre les informations selon lesquelles elle ne doit son équilibre financier qu’au soutien de l’Etat. « Contrairement à une idée répandue et fausse, nous avons toujours financé nos investissements sur fonds propres ou par recours à des crédits bancaires que nous avons toujours honorés », a-t-il tenté de rectifier. Il confiera cependant que la compagnie nationale avait « souffert », ces dernières années, de « l’insuffisance des compensations financières » qui lui sont dues par l’Etat au titre des sujétions de service public sur le réseau domestique.

Marché chinois, «nous devons tempérer»
Interrogé sur les projets de lancement par Air Algérie de nouvelles lignes notamment vers la Chine (Shanghai) et les Etats-Unis (New York), M. Allèche a répondu que « sur le marché chinois, nous nous devons d’être tempérés » car, a-t-il justifié, « les lignes longs courriers ont des coûts d’exploitations très élevés ». « Vous devez donc vous assurer de recettes importantes tout au long de l’année, notamment au niveau de la haute contribution (classe affaires et first) et du fret, ce que nous ne réussissons pas à faire pour différentes raisons », a-t-il expliqué. Toutefois, il a indiqué qu’Air Algérie subissait sur le marché chinois une « concurrence indirecte » qui ne lésine pas sur les moyens pour offrir des services de haute qualité à sa clientèle, entre fréquences et correspondances et services à bord et au sol ». En outre, « l’absence de flux touristiques sur ces lignes ne favorise pas leur développement et rentabilité », a jugé le même responsable.
A propos de la ligne Alger/New York, M. Allèche soutiendra qu’Air Algérie était « prête » à se lancer sur ce marché, sous réserve d’une autorisation par les autorités aéronautiques américaines, qui conditionnent cet accord par l’accomplissement de certains préalables, dont l’audit de l’autorité aéronautique algérienne. Pour ce qui est de la position de faiblesse dans laquelle se trouve la compagnie sur le marché africain, M. Allèche la liera à la difficulté de ce marché au vu de « la concurrence, l’importance des coûts d’exploitation et le pouvoir d’achat limité qui y sont associés », a-t-il relevé.

24 compagnies étrangères sur le marché algérien
En réponse à une question sur l’Open Sky, l’intervenant dira que le ciel algérien n’est fermé à aucune compagnie dont l’Etat de rattachement est lié à l’Algérie par un accord de services aériens. « Le pays est en situation de quasi Open Sky », a-t-il soutenu, avant de faire remarquer que « certaines compagnies avaient décidé, d’elles-mêmes et pour des raisons qui leurs sont propres, de quitter ou de ne pas investir le marché algérien à l’image de Swiss Air, Air Malta, MEA, Aeroflot, Austria, Brussels ».
Notant que « rien que sur le marché Algérie-France, le pavillon français est représenté par cinq compagnies », il soutiendra qu’« il n’y a pas de négociations en cours autour de l’Open Sky ». « L’Algérie est liée à de nombreux pays par des accords aériens bilatéraux » et « certains de ces accords (les plus importants) sont généreux en matière de droits de trafic accordés aux compagnies étrangères. Nous sommes en situation de quasi Open Sky’ », a-t-il précisé. Il a, par ailleurs, affirmé qu’Air Algérie ne détenait « ni monopole, ni prérogatives de puissance publique en matière aéronautique » et qu’« elle ne dispose ni du pouvoir d’autoriser ni de celui de bloquer ».
Aujourd’hui, elles sont 24 compagnies étrangères à opérer sur le marché algérien, dénombrera M. Allèche, soulignant qu’« un nombre important de ces compagnies fait partie des trois grandes alliances aériennes créées par la dizaine de méga compagnies américaines, européennes et asiatiques pour contrôler et dominer le monde du transport aérien ». De plus, les accords aériens passés avec les Etats membres de l’Union Européenne disposent de clauses dites de multidésignation et communautaire, a-t-il expliqué, précisant que cela signifie que les autorités aéronautiques de ces pays peuvent désigner plusieurs compagnies et de n’importe quel pavillon européen (UE) pour opérer sur le marché national.
Cela est également le cas avec les pays du Golfe persique et d’autres, a-t-il ajouté. D’ailleurs, «dans certains marchés de pays comme l’Allemagne, l’Italie, la Turquie ou de Moyen-Orient et le Maghreb, dont l’origine de la clientèle est pourtant quasi exclusivement algérienne, Air Algérie n’est pas en position dominante, et même pas en position d’équilibre avec ses concurrents sur certaines de ces destinations », affirmera-t-il, pour confirmer qu’« il n’y a pas de protection du marché en faveur du pavillon national ».
Interrogé aussi sur la très faible, sinon insignifiante, présence des compagnies Low-Cost sur le marché algérien, M. Allèche liera cette situation au fait que ces dernières « ne se bousculent pas pour la pénétration du marché algérien car la clientèle de ce marché présente une typologie qui ne correspond pas vraiment au modèle économique de la majorité de ces compagnies ». Cependant « aucune compagnie Low-Cost qui en a fait la demande n’a été refusée sur le marché algérien », a-t-il indiqué, ajoutant que trois compagnies de ce type, une espagnole, une française et une belge, exploitaient déjà des lignes vers l’Algérie.