Au Nord comme au Sud, l’Algérie est soumise à un stress hydrique sévère. En dépit de l’investissement important consenti dans l’installation de stations de dessalement de l’eau de mer (SDEM) et de près de 200 stations d’épuration des eaux usées (STEP), l’équation reste loin d’être résolue. Elle est davantage rendue compliquée par l’absence d’une véritable culture d’économie de l’eau et par l’inexistence d’une véritable récupération et réutilisation de la ressource déjà utilisée. Le temps de revoir notre copie est arrivé. Et pour cause, il existe de nouvelles technologies et techniques pour y remédier.
L’eau est précieuse et rare dans notre pays, qui souffre de stress hydrique en raison de son climat semi-aride, mais celle-ci est gaspillée, n’est pas utilisée de manière rationnelle et, malgré les investissements importants dans le secteur, avec le dessalement et le traitement des eaux usées, beaucoup reste à faire.

Ce sont toutes ces questions qui ont été débattues lors du colloque international de l’Unité de développement des équipements solaires (UDES) durant trois jours. Cent cinquante invités spécialistes, enseignants, chercheurs et étudiants ont proposé de nombreuses et nouvelles alternatives pour y remédier.
C’est ainsi que les technologies de traitement durable de l’eau et de l’environnement ont été au centre de ce colloque international où les dernières découvertes ont été présentées par des experts algériens et d’autres venus de Tunisie, d’Arabie saoudite, d’Italie et d’Espagne. Ils ont discuté et échangé leurs expériences en matière de «dessalement de l’eau de mer», «de la réutilisation des eaux traitées», «du rôle des énergies renouvelables» et «des impacts socio-financiers et environnementaux» de ces techniques, en axant le débat sur «les dernières études et nouveautés en matière de traitement des eaux et des énergies renouvelables», présentées par Ghaffour Noreddine, un spécialiste algérien de l’université d’Arabie saoudite.
Selon le directeur de l’UDES, Belkacem Bouzidi, ce colloque a eu à traiter plusieurs thèmes, on ne peut plus d’actualité, à savoir la gestion de l’eau, les techniques de dessalement les moins coûteuses, l’utilisation des énergies renouvelables, la réutilisation des eaux traitées et autres rejets, en espérant que ces trois jours de travaux ont été profitables à tous, puisque l’intérêt de ce genre de rencontre est de mettre sur la table les expériences des uns et des autres et, en particulier, sur des thèmes d’actualité comme celui des SDEM (stations de dessalement), dont le défaut est d’être énergivores, sans oublier que l’utilisation des énergies renouvelables est devenue incontournable de nos jours.
Le second point très important, qui touche directement notre pays, est celui de la réutilisation des eaux traitées, une communication présentée par le Tunisien Thameur Chaibi. Ce dernier a développé les applications, au moins pour l’irrigation, alors qu’en Algérie, on est face à son rejet catégorique de la part des utilisateurs, les fellahs et autres, car ils considèrent que cette eau, qui passe par les STEP (Stations de traitement et d’épuration), même après le traitement secondaire, est impure. Partout dans le monde, et même chez nos voisins tunisiens, les eaux traitées sont récupérées et réutilisées, sauf chez nous, hélas, ont déploré les chercheurs.
D’ailleurs, il ajoutera, qu’au niveau du laboratoire de l’UDES, les chercheurs ont atteint des objectifs très intéressants, par exemple, «nous épurons les eaux de rejets et avons atteint des normes très intéressantes avec un taux de 70% d’épuration dans une première phase, qui peut être utilisée dans l’agriculture et dans le jardinage, ce qui permettra d’économiser beaucoup d’eau potable dont la distribution vient, en général, des barrages et autres forages. Les SDEM sont énergivores, nous devons utiliser aussi les énergies renouvelables pour faire fonctionner ces stations et les nouvelles techniques sont là».

Les énergivores stations de dessalement
Pour le directeur général de Groupement d’Etudes et de réalisations hydrauliques (Gerhid) Aït Dahmane Saïd, interrogé par Reporters, le thème de ce colloque est d’actualité, pas seulement algérienne, mais mondiale, car tout a un prix, aujourd’hui, et l’utilisation de l’énergie dans le dessalement de l’eau de mer est un problème qui taraude tous les esprits. Le défaut des SDEM, actuellement, est qu’elles sont énergivores et même, nous indiquera-t-il, s’il ne dispose pas de chiffres pour les proportions concernant ce coût, car tout dépend de la technique utilisée, à savoir le membranaire, par évaporation ou encore d’autres techniques, les spécialistes disent qu’il faut 3 kilowatt au m3. Comme chez nous tout est subventionné, on ne connaît pas le prix, mais si vous calculez sur la base de 30 DA le kilowatt, cela donnera 60 DA, à cela il faut ajouter les coûts d’entretien, d’achat de pièces détachées, etc. L’eau dessalée reviendra au minimum à 120 à 150 DA le mètre cube.
Il est donc intéressant d’aller chercher dans les nouvelles techniques pour réduire ce coût, en utilisant d’autres sources d’énergie que le gaz ou l’électricité, mais plutôt le solaire. On n’utilise pas encore les énergies renouvelables chez nous car c’est une technologie récente.
L’autre question à l’ordre du jour du colloque a porté sur la réutilisation des eaux traitées, un autre débat d’actualité, car devenu incontournable.

Réticence à la réutilisation des eaux traitées
Pour notre interlocuteur, tout le monde sait que l’Algérie souffre d’un stress hydrique, ce qui veut dire qu’il n’y a pas suffisamment d’eau pour répondre aux besoins de consommation, d’irrigation, selon les normes en cours. Il faut donc aller la chercher là où elle se trouve et au niveau des STEP, au nombre 150 à 200 à travers le pays. Selon Aït Dahmane, il y a eu, chez nous, des essais pour sa réutilisation, mais cela reste insuffisant, car les fellahs, par exemple, pensent que cette eau n’est pas pure pour être utilisée dans l’irrigation. Ce qui est faux, cela dépend du degré de traitement de cette eau qui peut même être bue. D’ailleurs, celle qui sort des STEP de chez nous peut être utilisée pour l’irrigation des vergers, des pelouses, des espaces verts, etc., suggère le directeur général de Gehrid.
La STEP du Chenoua rejette l’eau directement en mer et, pourtant, elle traite seulement les eaux ménagères. Comment expliquez-vous cela ? avons-nous demandé à Aït Dahmane. Il y a dans cette STEP, à laquelle son entreprise a participé, d’autres rejets que ceux ménagers comme les eaux des stations de lavage automobiles, qui utilisent des produits chimiques. Et si on devait réutiliser les eaux ménagères, il aurait fallu faire des réseaux séparatifs, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
«L’irrigation par les eaux traitées se fait au niveau mondial, chez nous, il y a un obstacle psychologique à dépasser. Mais on réfléchit, sérieusement, à cette problématique et on commence à mettre en place, selon les capacités de réalisation, les infrastructures adéquates. Il y a actuellement 600 millions de m3 d’eau utilisée par la population qui rejette 80% de celle-ci dans les réseaux d’égouts.
400 millions de m3 sont traités, qui peuvent servir à l’irrigation, on n’a pas le droit de gaspiller cette eau. Pour conclure, je peux dire qu’il n’y a plus de problème technique à réutiliser cette eau et même la boire, comme c’est le cas dans certains pays du Moyen-Orient. Tout est question d’opportunité et de coût. Il faudra en tenir compte dans notre consommation car on ne pourra plus payer un kilo de pommes de terre à 10 DA alors que l’eau utilisée est revenue à 100 DA.»
Concernant les fuites d’eau et le gaspillage, il faut savoir que la quantité perdue chez nous, à cause de la vétusté des réseaux et du manque d’entretien, équivaut à la réalisation de 3 stations de dessalement, alors qu’il aurait suffi de 1% de ce montant pour réparer. L’entretien est une opération quotidienne, mais en général on agit dans l’urgence pour répondre à des besoins de citoyens devenus très exigeants.
Enfin, la rencontre a été organisée à l’initiative de l’UDES, relevant du Centre de développement des énergies renouvelables (CDER), en collaboration avec le Groupe études et réalisations hydrauliques, la Sonelgaz, l’Entreprise nationale de charpente et chaudronnerie, et l’Agence de Recherche en sciences et technologie, et des sociétés privées.