Huit points. C’est déjà ce qui sépare Liverpool de Manchester City au sommet du championnat d’Angleterre après huit journées. Un écart rédhibitoire pour les hommes de Pep Guardiola ? «Les titres en championnat se gagnent lors des huit dernières journées, mais ils se perdent lors des huit premières.» Il est des déclarations que le temps se charge de rendre savoureuses. Cette confidence de Pep Guardiola au journaliste Marti Perarnau, rapportée dans l’ouvrage Pep Confidential en 2014, est un modèle du genre. Huit journées de Premier League ont justement été disputées cette saison et le classement est sans appel : Manchester City accuse un retard de huit points sur Liverpool avant de croiser le fer avec Crystal Palace, samedi. Les confessions faites par le technicien catalan lors de sa première année au Bayern Munich ne s’arrêtaient pas à cette formule bien sentie. «L’expérience m’a appris l’importance de ne pas perdre le championnat lors des deux premiers mois de compétition. Vous pouvez bien sûr perdre quelques points, mais pas trop. Deux ou trois points de retard, quatre au maximum, c’est tout ce qu’une équipe peut se permettre à l’issue des huit premiers matches», assurait-il. La conclusion de cette tirade ? Un détail qui n’en est pas un : «Voilà pour la théorie.»
La tentation est grande, pour ne pas dire immense, de penser que Manchester City a d’ores et déjà hypothéqué ses chances de conserver son bien. Le voisin d’United restera-t-il la dernière équipe à avoir glané trois Premier League d’affilée pour autant ? Dans un championnat où tout va très vite, il ne faut s’interdire aucun scénario.

Liverpool carbure, encore et toujours
C’est l’histoire d’une équipe qui court désespérément après un titre national depuis 1990. Trois décennies d’échecs, une éternité pour un club comme Liverpool, 18 championnats au compteur, dont les 97 points accumulés la saison dernière l’ont couronné dauphin le plus brillant de l’histoire de la Premier League. Pas tout à fait la récompense espérée par les hommes de Jürgen Klopp. Dans la quête du titre, leur motivation est immense, comme la qualité d’une équipe parfaitement huilée qui règne sur l’Europe. Elle fait également la loi chez elle, avec un perfect depuis le début de saison : huit victoires en autant de matches. Les chiffres sont vertigineux : les Reds restent sur 17 succès d’affilée en championnat et n’ont été battus qu’une seule fois lors de leurs 47 dernières sorties en Premier League. Et il y a bien sûr ces 8 points d’avance. Liverpool est lancé et rien ne semble, en l’état, pouvoir l’arrêter.

City a un problème nouveau…
Habituellement loué pour sa profondeur de banc en adéquation avec ses moyens financiers colossaux, Manchester City ne se montre pas digne de sa réputation dans cet exercice 2019-2020. Si l’attaque et le milieu sont bien pourvus, la défense ne peut pas en dire autant. Amputée de Vincent Kompany lors du mercato estival, la charnière pose problème avec une improbable association actuelle entre Nicolas Otamendi, troisième choix théorique, et Fernandinho, contraint de redescendre d’un cran pour dépanner. Car City a perdu ses deux titulaires en fin d’été, Aymeric Laporte puis John Stones.
Sans leur patron défensif français, les Citizens ont déjà perdu deux fois en Premier League, à Norwich (3-2) puis contre Wolverhampton (0-2). Tout sauf un hasard. Le mercato hivernal viendra-t-il sauver le soldat City ? «Nous ne recruterons pas car nous n’avons pas assez d’argent», a prévenu Guardiola.

Mais City a le temps
En Premier League plus qu’ailleurs, les remontées spectaculaires au classement sont du domaine du possible. Liverpool est bien placé pour le savoir : la saison dernière, les pensionnaires d’Anfield jouissaient d’une marge confortable sur City avec un +7 après 20 journées.
Encore devant après la 34e journée, Liverpool avait définitivement cédé son fauteuil de leader à la suivante dans une fin de saison ahurissante. Avec 30 matches à l’horizon, les partenaires de Sergio Agüero ont largement le temps de renverser la tendance, à condition bien sûr d’être performants.
Le come-back retentissant est dans leur ADN (souvenez-vous de 2012 et de 2014) comme dans celui de la Premier League, un championnat où Manchester United avait comblé 12 points de retard sur Newcastle en janvier pour finir champion en 1996. Arsenal, lui, avait effacé un déficit de 11 points sur ces mêmes Red Devils à 9 journées de la fin pour décrocher la timbale en 1998.

Liverpool n’a pas chassé tous les doutes
Homme plein de sagesse, Guardiola ajoutait une chose dans le détail de sa «recette» pour le titre : «Vous ne pouvez pas non plus tomber à la dernière haie.» Un domaine dans lequel Liverpool est tout sauf à l’abri. C’est même devenu une spécialité des Reds dans l’histoire récente de la PL. Vice-champion magnifique au printemps dernier, Liverpool avait les cartes en main pour finir devant City. Comme en 2014 avec l’épisode de la fameuse glissade de Steven Gerrard punie par Demba Ba face à Chelsea. Cinq ans après, Liverpool est redevenu une machine à gagner, sacrée en Ligue des champions, sous l’impulsion de Klopp, mais ses troupes seront-elles suffisamment solides pour affronter mentalement les vents contraires qui souffleront tôt ou tard sur ces Reds ?
Il y a la tête et il y a les jambes. Sollicités, les organismes devront également tenir la distance.
Le onze de départ liverpuldien en jette, mais il ne doit pas faire oublier un effectif où tous les postes ne sont pas doublés, qui supporterait mal des blessures en série, surtout si elles frappaient l’arrière-garde ou le redoutable trio Salah-Mané-Firmino. La chance de Liverpool, c’est que City est en proie à ce problème avant lui cette saison. L’exigeante course de fond anglaise ne fait que commencer. Liverpool l’a parfaitement débutée. Reste le plus ardu : durer au sommet. C’est à cette unique condition que la marée rouge inondera les côtes d’Albion après avoir déferlé sur l’Europe.