La salle de cinéma (répertoire) Tchanderli (ex-Colisée)  abrita, un samedi 3 juillet 2013, la projection en avant-première du film « Harraga Blues » (2013 – DVD/1h 50 mn) en présence de son réalisateur, le défunt Moussa Haddad, également auteur du scénario, et la productrice Amina Bedjaoui son épouse, co-auteure du scénario, ainsi que Hakim Abdelfettah, superviseur de la postproduction, et Karim Hamzaoui (Zine), comédien de théâtre, acteur dans ce film, qui est paru pour la première à l’écran à l’instar de son partenaire Zakaria Ramdane (Rayan), absent lors de cette séance, tous deux originaires de Tlemcen. C’est l’histoire de deux jeunes amis qui rêvent de partir en Europe, s’exiler, fuir l’enfermement au quotidien et les horizons bouchés. Leur rêve est d’aller ailleurs, à la recherche d’un idéal, pour vivre mieux et se réaliser individuellement…Ils y croient…Ils y tiennent et rien ne pourra les arrêter. Pour des raisons financières, ils ne pourront pas partir ensemble, et c’est Zine qui, le premier, tente la traversée vers l’Espagne -pour rejoindre son frère déjà établi là-bas. Quant à Rayan, il va réussir à convaincre son oncle de lui avancer la somme qui servira à payer son « passe-mer », en lui faisant croire qu’il voudrait investir dans un projet. Pour cela, il se rend à Annaba où réside celui-ci. Au cours de ce trajet, Rayan va vivre des intensités qui vont le révéler à lui-même et lui faire découvrir, contre toute attente, une inconnue…sa terre…son propre pays ! Pour Zine, c’est l’échec ! Il sera sauvé, in extremis par les gardes-côtes et reviendra choqué par la tournure tragique qu’a pris son périple. Quant à Rayan, il abandonnera son projet de « harga » pour des raisons « humanitaires » et fera don de son pactole pour payer les frais d’une opération chirurgicale que devait subir sa belle-mère. Aux côtés des deux acteurs principaux précités apparaîssent Mouni Boualem (fiancée de Zine), Ahmed Benaïssa (père de Zine), Bahia Rachedi (sa mère), Hacène Benzerari (père de Rayan) et Rania Serrouti (la « marâtre »). Tourné à Alger, Oran et Annaba, ce film est produit par PROD (MHP) en coproduction avec AARC, avec le soutien du ministère de la Culture (FDATIC). Illustré d’une musique originale du virtuose guitariste Lotfi Attar, l’icône de Raïna Raï. Un long métrage cent pour cent algérien (hormis la postproduction) qui aura couté 680 millions de DA, selon la productrice. « J’ai écrit ce scénario pour une raison très simple, je n’avais pas fait de film pendant dix ans, je me suis mis  d’une certaine manière à la retraite. Et donc je me suis dit, il faut absolument que je fasse un film pour casser, briser cette absence, pour marquer ce retour… et le sujet de la harga, comme c’est un fléau national, m’intéressait. Non pas pour analyser la chose, le phénomène, je voulais surtout, surtout, faire à nouveau un film, un film qui va dans la direction des jeunes au sens large, surtout un film qui leur plaise, un film qui montre l’Algérie, un film qui vibre dans le sens du quotidien… », nous dira Moussa Haddad à propos de son film « prodige ».
Quant aux conditions dans lesquelles a été écrit le scénario, Amina Bedjaoui nous en retracera l’historique en ces termes : « Nous avons fait une première version de ce scénario où nous nous sommes attaqués d’une manière très frontale à ce phénomène tel qu’on le conçoit sociologiquement…Et puis ce scénario a été proposé à l’approbation de la commission de lecture du ministère de la Culture pour l’obtention des statuts…Il n’a pas été refusé , mais il a été accepté sous réserve de sept points lesquels, si on les changeait,  tronquaient complètement l’histoire…Alors nous avons décidé de retirer le scénario et d’en écrire un autre. Nous n’avons gardé du premier que le titre « Harraga Blues », qui commençait à nous porter dans cet élan. Nous nous sommes remobilisés pour l’écriture d’un nouveau scénario, mais, avec là je pense, une attitude salutaire, je le confirme maintenant, c’est-à-dire que nous avons décidé de parler de la harga, de l’évoquer, comme si nous étions à côté de notre sujet… Et puis il y a la décence de ne pas utiliser le drame humain que constitue ce phénomène qui a touché certaines familles et qui certainement représente pour elles une grande blessure. Donc nous n’avons pas voulu faire un film qui bâtirait son succès sur les larmes de certaines familles… nous avons eu une approche cinématographique…». A noter que la séance de projection avait coïncidé « incidemment » avec la Fête de la jeunesse
(5 Juillet). Cette avant-première qui  attira un public nombreux était « supervisée » par Abdelmadjid Djebbour, cinéaste -qui envisageait lui aussi de faire, il y a bien longtemps, un film similaire à partir de Ghazaouet. Un sujet par ailleurs traité en 2009 par la troupe théâtrale « Djil 2000 » de Tlemcen avec Benamar Diboun et présenté sur les planches de la maison de la Culture Abdelkader-Alloula.