L’impasse politique dans laquelle s’est embourbé le pays depuis maintenant plus de 7 mois se traduirait à très court terme par un net ralentissement économique. C’est
du moins le pronostic auquel sont parvenus les prévisionnistes de la Banque mondiale. Cette institution s’attend à ce que les secteurs hors hydrocarbures, tout comme l’activité du secteur pétrolier et gazier traversent un trou d’air cette année ; lequel devrait avoir des conséquences inévitables sur l’évolution du PIB. Celui-ci devrait ralentir à 1,3% en 2019 contre 1,5% l’année précédente.

«L’incertitude politique devrait entraîner un ralentissement du secteur hors hydrocarbures en 2019 », lit-on dans un rapport de la Banque mondiale, publié jeudi. L’institution de Bretton Woods n’a pas manqué de mettre en évidence l’impact des arrestations des chefs d’entreprises sur le moral des investissements et, plus globalement, sur l’économie. « Des dirigeants d’entreprises de divers secteurs ont été arrêtés dans le cadre d’enquêtes sur des affaires de corruption, ce qui a eu pour effet de perturber l’économie en raison de changements soudains dans la direction et la supervision de ces entreprises, ainsi que de l’incertitude planant sur les investissements », souligne le même rapport. Depuis le début de la crise, qui s’était accompagnée par une vague d’arrestations qui a touché la communauté d’affaires et des responsables de l’administration économique, les institutions, banques et organismes publics étaient comme tétanisés. Cette situation de blocage s’était aggravée au fil des semaines ; les comités de crédits ne se réunissaient pas, les responsables au niveau de l’administration économique se gardaient de prendre le moindre risque… C’est dire à quel point l’onde de choc était violente. Les conséquences sur l’économie pourraient se révéler désastreuses à mesure que la situation perdure et s’envenime. L’institution de Bretton Woods estime à ce titre que « la période préélectorale risque également de retarder davantage le processus d’assainissement budgétaire programmé pour 2019, aggravant le déficit budgétaire à 12,1 % du PIB et augmentant le risque d’un ajustement plus brutal à l’avenir ». Pour la Banque mondiale, le creusement des déficits budgétaire et courant est presque inévitable. Si, au plan interne, il serait peu probable que le déficit budgétaire soit atténué, «sur le plan extérieur, le déficit du compte courant devrait se creuser pour atteindre 8,1 % du PIB, principalement en raison d’un déficit commercial nettement plus important ».

L’investissement subit les contrecoups
«Comme le cours des événements politiques devrait avoir une incidence sur l’activité économique, on s’attend également à ce que davantage de ressources soient affectées aux mesures sociales, au détriment des dépenses d’investissement public », prévoit la Banque mondiale dans son rapport, précisant que « l’activité et les investissements du secteur privé subiront les effets des perturbations politiques et d’un climat des affaires défavorable, ainsi que des perturbations causées par les retards de paiement des travailleurs dans plusieurs branches d’activité industrielles ». C’est le cas de le dire, puisque l’avant-projet de loi de finances 2020 prévoit un net recul des dépenses d’investissement, soit à hauteur de 20,1%, alors que les dépenses de fonctionnement et les transferts sociaux sont maintenus en l’état. Les experts de la Banque mondiale ne font que dire tout haut ce que les économistes et les opérateurs algériens pensent tout bas, alertant sur une situation qui pourrait déraper complètement si les solutions à l’impasse politique venaient à manquer. «Le retardement de la sortie de l’impasse politique et l’incertitude politique pourraient nuire davantage à l’économie du pays, ce qui entraînerait une augmentation des importations et un amenuisement accru des réserves de change», conclut le rapport de la Banque Mondiale. Du reste, il est peu probable que les indicateurs macroéconomiques puissent connaître la moindre amélioration dans les conditions politiques actuelles.

La croissance de l’économie à seulement 1,9% en 2020
D’ailleurs, sur fond de baisse des dépenses d’équipement et d’un moral en berne chez les investisseurs, la croissance de l’économie algérienne serait de seulement 1,9% durant l’année 2020, une stagnation due notamment à la croissance « lente » du secteur des hydrocarbures, conjuguée à la contraction de l’activité économique, ce qui a limité l’évolution de la croissance dans les secteurs hors hydrocarbures, lit-on dans le rapport de suivi de la situation économique, publié, jeudi, par la Banque mondiale. « La croissance du secteur des hydrocarbures a été lente, l’activité économique s’étant contractée de 6,5 % et 7,7 % en 2018 et au premier trimestre de 2019, respectivement, contrecarrant en partie les effets de la légère augmentation de la croissance hors hydrocarbures de 3,4 % et 3,9 % en 2018 et au premier trimestre de 2019, respectivement », a noté la BM. L’infime hausse des investissements au premier semestre de l’année (4,9%) a été tirée par les investissements publics dans les secteurs de la construction, des travaux publics et de l’hydraulique, du fait de l’expansion des programmes de logements sociaux, explique la BM. Par ailleurs, cette institution croit que « la découverte récente d’un nouveau champ gazier laisse entrevoir un rebond de la production et des exportations de gaz, mais uniquement à moyen terme, et si et seulement si le cadre d’investissement dans les hydrocarbures s’y prête ». La Banque mondiale ne fait qu’apporter de l’eau au moulin du gouvernement qui a qualifié d’urgente la promulgation de la nouvelle loi sur les hydrocarbures.