Reporters : Dans notre pays, les malades mentaux sont-ils bien pris en charge ?
Dr. Benmouloud : Les services de la psychiatrie dans notre pays sont dotés de très peu de moyens. La santé mentale est le parent pauvre de la médecine. La prise en charge n’a pas encore atteint le niveau souhaité, et ce, sur tous les plans. C’est la spécialité qui suscite le moins d’intérêt. Nos malades ont besoin de structures très spécialisées, de soin, de loisirs… Les professionnels du domaine s’adonnent, en fait, à ce qu’on appelle la psychologie de «guerre», se contentant de prodiguer les soins les plus urgents. La plupart des patients, après les premiers soins, ne sont pas vraiment suivis en raison du manque de moyens. Beaucoup récidivent pour cette raison.

Quid de la formation ?
Elle est de qualité et aux normes européennes. Nous suivons de très près les évolutions dans ce domaine.
Seulement, pour la mise en œuvre des nouvelles pratiques, nous avons besoin de moyens que nous n’avons pas. Ailleurs, il existe des structures particulières, comme les maisons surveillées, par exemple, et les patients sont suivis jusqu’à ce que leur état soit stable. Ce qui ne se fait pas chez nous.

Pourquoi aller chez un psychiatre est toujours un tabou ?
Hélas oui, et c’est ce qui conduit souvent au suicide. Le malade est convaincu qu’il peut s’en sortir seul, sans l’aide d’un médecin.

Dans la plupart des cas, aller chez un psychiatre, c’est admettre qu’on est fou, qu’on n’est pas normal alors que c’est faux.
Les malades acceptent les médicaments mais rejettent les consultations et les traitements psychiatriques.
Jusqu’à présent, nous n’avons pas de statistiques précis sur le nombre des malades mentaux car ces derniers refusent souvent d’aller voir un psychiatre.