Il est le joueur emblématique de l’Olympique Marseille par excellence. Comment ne pas l’être alors qu’il est l’auteur du but de la victoire des Phocéens en Ligue des Champions 1993 contre le Milan AC. Basil Boli nous a accordé un entretien en marge du lancement de l’« OM School  Alger » hier au « Foot Five » de Staoueli (Alger). L’ancien défenseur marseillais nous a parlé de ses liens avec l’Algérie, son avis sur le sélectionneur national Djamel Belmadi ainsi que la sélection. Aussi, il a évoqué le niveau en hausse de la CAN et le ressenti des binationaux dont il fait partie car Franco-Ivoirien.

Reporters : D’après ce qu’on a pu comprendre en marge de la conférence de presse, ce n’est pas la première fois que vous venez en Algérie ?
Boli : Quand j’étais gamin, je venais en vacances ici. Je venais en Kabylie. Mon père était là dans les années 50. Il s’est même converti à l’Islam ici. Je supportais l’équipe d’Algérie en Coupe du Monde 1982. Je connaissais les
Merzekane, Belloumi, Madjer, Assad. Il y a bien sûr Djamel (Belmadi). Il a eu l’intelligence de pouvoir intégrer les binationaux parce qu’à l’époque, le temps de Tasfaout et les autres, il y a toujours eu ce problème-là. Les entraîneurs n’ont jamais pu gérer mais lui, il a vraiment pu s’y faire.

Vous avez la double nationalité. Qu’est-ce qui a fait que vous choisissiez de jouer pour les Bleus ?
A l’époque, il n’y avait pas de dilemme. Il y avait plus de visibilité en équipe de France. Aujourd’hui, pour les binationaux, il n’est pas facile de jouer en équipe de France.  Les mentalités ont changé. Regardez le staff de Belmadi. Il comporte des gens qui ont déjà travaillé dans des centres de formations où il y a des binationaux. Ils connaissent les mentalités et c’est très important. Le foot aujourd’hui a vachement évolué. Quand certains voient qu’ils ne peuvent pas jouer pour la France, ils jouent pour leur pays d’origine. Mais à mon époque, il y avait moins de visibilité avec la coupe d’Afrique contrairement à maintenant.

Que pensez-vous de la dernière CAN ?
Ah ! Il y a du niveau. La CAN a beaucoup évolué parce qu’on voit que les quatre équipes du dernier carré comptent des joueurs issus des grands championnats européens. Malheureusement, pour  les locaux qui jouent dans les championnats africains, ils vont avoir du mal à se faire de la place parce que la barre commence à être haute. Par exemple, quand on voit votre équipe, on pourrait en dégager deux « onze » pour jouer. Mêmes vos remplaçant auraient fait le bonheur d’une autre équipe et auraient fini dans les quatre premiers.

Justement, vous parlez de la qualité de l’effectif de l’Algérie. Ne pensez-vous pas que l’Olympique de Marseille aurait pu venir chercher un joueur algérien. D’autant plus que les Brahimi, Belaïli et même Slimani ont été cités comme potentielles recrues ?
Dans le football, à chaque fois on cite quatre, cinq ou six noms. Ça, c’est aussi les agents qui font monter les enchères avec les journaux. On nous dit « il y a un joueur que vous avez loupé pour 3 millions d’euros et qui est parti de l’Espérance Tunis à l’Arabie saoudite (il parle de Belaïli) ». On aurait bien aimé en tirer profit. Malgré la proximité qu’a l’Olympique Marseille avec l’Algérie, il y a une certaine politique à suivre.

La représentativité des Maghrébins était très significative à l’OM à une certaine époque. Désormais, les choses ont quelque peu changé…
Il y a une approche différente. Aujourd’hui, le football algérien arrive à son apogée. Je peux vous dire qu’il y a de la relève derrière dans nos centres de formations en France. Ces jeunes ont vu l’Algérie gagner la CAN. Ils se disent forcément que maintenant la route est tracée pour nous et ils penseront certainement jouer pour l’Algérie même s’ils joueront dans des clubs huppés. Parce que cette équipe les a quelque part fait rêver.

Un avis sur ce qu’a réussi Belmadi avec la sélection en Egypte ?
Ça fait très longtemps que Djamel a commencé ce métier. Il aime le football et il a entraîné des équipes qu’il a transformées. Aujourd’hui, il a la chance d’avoir une soixantaine de joueurs exceptionnels pour la majorité binationaux. Peut-être qu’un jour Maxime Lopez va se dire : je joue avec l’Algérie. Je pense qu’avec l’élan que l’Algérie a en terme footballistique, vous devez en profiter en construisant des installations sportives afin de monter en puissance. Parce qu’il y a du potentiel.
Est-ce que l’installation de l’OM School en Algérie est une première étape pour le club afin de considérer le produit algérien qui a du mal à s’exporter à quelques exceptions près ? On citera les Atal, Slimani, Boudaoui qui évoluent en France…
On connaît tous les joueurs qui étaient à la CAN. Ils ont déjà leurs clubs. Maintenant, on essayera d’être beaucoup plus proche du milieu du foot à Alger, Oran, Tizi Ouzou et un peu partout. Même moi j’ai poussé et insisté auprès du président pour venir ici. On pensera à amener des scouts afin de regarder le championnat et tout. C’est dans notre intérêt. Mais il est très difficile de dire qu’on va prendre un tel ou un tel. Il faut savoir que tous les joueurs algériens qui étaient en contact avec l’OM avaient des touches partout.

Dans ce cas de figure, souhaitez-vous avoir un Fennec au sein de l’effectif olympien prochainement afin de booster encore plus la popularité du club en Algérie ?
Incha Allah oui. Pourquoi pas ? Mais ça ne dépendra pas que de moi (rires).