La capitale irakienne, Bagdad, a semblé connaître hier sa première journée de retour au calme après une semaine de manifestations violemment réprimées et un bilan humain des plus lourds puisqu’on déplore plus de 100 morts et plus de 6000 blessés selon un bilan officiel. Ce retour au calme intervient après un appel du chef de l’Etat Barham Saleh lundi soir aux « fils d’une même nation » à mettre fin à « la dissension », la voix étranglée par moments, alors que le matin même l’armée reconnaîssait avoir fait un « usage excessif » de la force à Sadr City à Bagdad, qui a sombré dans une nuit de chaos dimanche. Le président Saleh a proposé une sortie de crise avec un dialogue « franc », un remaniement ministériel et de nouvelles instances de supervision pour tenter de juguler la corruption, qui a englouti plus de deux fois le PIB irakien ces 16 dernières années.

Synthèse Kahina Terki
Avant lui, le chef du Parlement Mohammed al-Halboussi et le Premier ministre Adel Abdel Mahdi avaient multiplié propositions et annonces sociales pour tenter d’apaiser la colère des manifestants, qui disent n’avoir « plus rien à perdre » dans un riche pays pétrolier où plus d’un habitant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté. « Le fait que les forces de sécurité admettent avoir utilisé une force excessive est un premier pas qui doit se traduire sur le terrain, afin de brider » leur action et celle de l’armée, a estimé Amnesty International. « La prochaine étape est de rendre des comptes », a prévenu l’ONG des droits humains. Avant que les violences ne connaîssent un répit, une autre force armée avait fait son entrée dans le mouvement: le Hachd al-Chaabi, puissante coalition paramilitaire dominée par des milices chiites proches de l’Iran et désormais en grande partie intégrée à l’Etat. Son chef Faleh al-Fayyadh s’est dit « prêt » à intervenir pour empêcher « un coup d’Etat ou une rébellion », si le gouvernement le lui ordonnait.
Une crise perçue comme un complot contre l’Iran
Depuis son déclenchement il y a une semaine, la vague de contestations en Irak est scrutée en Iran, où elle est perçue comme un complot visant à saper les relations entre la République islamique et son voisin. A Téhéran, plusieurs dirigeants ont accusé les « ennemis » de l’Iran d’être à la manœuvre. « L’Iran et l’Irak sont deux nations dont le coeur et l’âme sont liés (…).
Des ennemis cherchent à semer la discorde mais ils ont échoué et leur complot n’aura pas d’effet », a estimé lundi l’ayatollah Ali Khamenei, le Guide suprême, dans un message sur Twitter, sans préciser de quels ennemis il parlait. L’agence officielle Irna a accusé les Etats-Unis, l’Arabie saoudite et Israël de susciter les manifestations qui se sont multipliées à Bagdad et dans le sud de l’Irak, pour nuire aux liens que l’Iran entretient avec son voisin et avec la Syrie –où Téhéran soutient Damas contre les rebelles. Des « ennemis tentent de saboter toute ouverture (des relations) entre (l’Iran) et ses voisins », a déclaré le porte-parole du gouvernement, Ali Rabiei. « Nous demandons au peuple irakien de montrer plus de retenue et de chercher des moyens démocratiques et légaux pour obtenir satisfaction à ses revendications », a-t-il ajouté, assurant que la République islamique était « comme toujours (…) prête à se tenir aux côtés » de l’Irak.
Selon l’Iran, ce qui se passe en Irak vise également à perturber le pèlerinage d’Arbaïn, événement religieux majeur auquel ont pris part quelque 1,8 million d’Iraniens en 2018, selon des chiffres officiels. Des milliers de marcheurs iraniens ont déjà entamé ce grand pèlerinage annuel chiite vers le tombeau de l’imam Hussein à Kerbala, à 110 km au sud de Bagdad, et devant culminer le 17 octobre avec les célébrations d’Arbaïn. Arbaïn marque la fin du deuil de 40 jours observé par les chiites en mémoire du martyre de l’imam Hussein, petit-fils de Mahomet tué en 680 à Kerbala par les troupes du calife omeyyade Yazid.
« Ils veulent effrayer les gens (…), mais même s’il pleuvait des flèches et des pierres, ceux qui aiment Hussein d’un amour fervent n’auront pas peur », a clamé le général de division Yahya Rahim Safavi, conseiller du guide, cité par l’agence Tasnim.n