Des personnes manifestant contre la hausse des prix du carburant en Equateur ont occupé trois puits de pétrole lundi et contraint les autorités à en suspendre l’activité, ce qui a fait baisser de 12% la production nationale de brut. Les activités sur ces trois sites en Amazonie «ont été suspendues en raison de l’occupation des installations par des groupes de personnes étrangères à l’opérationnel». Ils représentent 12% de la production du petit pays sud-américain, soit 63.250 barils par jours sur un total de 531.000, a annoncé le ministère équatorien de l’Energie. L’un de ces puits bloqués est exploité par une compagnie équatorienne privée, Petrobell (3.000 b/j), et les deux autres par l’étatique Petroamazonas. L’Equateur, qui a annoncé la semaine dernière son retrait de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), a extrait quelque 531.000 barils par jour de pétrole brut entre janvier et juillet cette année. Ces occupations d’installations pétrolières sont un moyen de protester contre une hausse massive des prix du carburant décidée par le gouvernement du président Lenin Moreno. Des centaines d’indigènes et de paysans équatoriens marchaient lundi vers Quito pour se joindre aux protestations. Certains armés de bâtons et le visage masqué, ces manifestants originaires des régions andines du sud s’étaient mis en route dimanche, à pied ou à bord de pick-up, pour rejoindre la capitale où une grande manifestation est prévue mercredi au côté des syndicats. Selon les dirigeants autochtones, d’autres groupes d’indigènes se dirigeaient depuis le nord du pays vers la capitale.
Etat d’urgence contre état d’urgence
Lundi après-midi à Quito, des incidents ont éclaté entre manifestants et forces de l’ordre aux abords du siège du gouvernement, dans le quartier du centre historique bouclé par la police. Dans un mouvement social inédit depuis 2007, des blocages du secteur des transports et des grèves paralysent le pays. Les violences ont poussé le gouvernement à décréter jeudi l’état d’urgence. Dans la localité de Machachi, à 35 km de Quito, des militaires et des policiers ont essayé de disperser la caravane à l’aide de gaz lacrymogène, a constaté l’AFP. Sur la chaussée, des barricades faites de pneus incendiés, de branchages et autres détritus dégageaient une épaisse fumée. La caravane de centaine d’indigènes et de paysans est arrivée lundi soir à Cutuglagua, à proximité de Quito. «Nous allons être plus de 20.000 indigènes», a déclaré lundi à Quito le président de la Confédération des nationalités indigènes de l’Equateur (Conaie), Jaime Vargas.
En janvier 2000, le président Jamil Mahuad avait été renversé à la suite de violentes manifestations indigènes auxquelles avait participé la Conaie, dans un contexte de crise économique. Pour répliquer au gouvernement, cette organisation a annoncé elle aussi dimanche «un état d’urgence dans tous les territoires indigènes».
Jusqu’à 123% de hausse
La Conaie a affirmé dans un communiqué que les militaires et les policiers qui s’approcheraient des territoires indigènes seraient capturés. Son porte-parole, Apawki Castro, a déclaré à l’AFP que des membres des forces de l’ordre étaient déjà retenus par des communautés indigènes dans trois provinces. Cette affirmation n’a pas été confirmée par les autorités. Des blocages de voies de circulation étaient signalés dans 19 des 24 provinces du pays, selon les autorités, qui dénombrent un mort, 73 blessés (dont 59 parmi les forces de l’ordre) et 477 arrestations durant les manifestations de ces derniers jours.
A la mi-journée, 16 provinces étaient concernées par les blocages. «C’est une situation très difficile qui pourrait entraîner une certaine instabilité, avec la chute de gouvernements», a déclaré à l’AFP Simon Pachano, politologue de la Faculté latino-américaine de sciences sociales (Flacso) de Quito. La décision du président Moreno de supprimer des subventions des carburants d’un montant total de 1,3 milliard de dollars (l’économie équatorienne est dollarisée) est entrée en vigueur jeudi. En échange, l’Equateur peut accéder à des crédits d’un montant de 4,2 milliards de dollars du Fonds monétaire international (FMI). Cela a entraîné des hausses des prix des carburants allant jusqu’à 123%. Le gallon américain (3,79 litres) de diesel est ainsi passé de 1,03 dollar à 2,30 dollars, et le gallon d’essence ordinaire de 1,85 à 2,40 dollars.n