La mise en détention préventive de nombreux manifestants du Hirak et les interpellations en série de protestataires du mouvement pour le changement a, de nouveau, fait réagir des formations politiques d’opposition et des associations, inquiètes du renforcement, selon elles, du dispositif répressif à l’encontre de tout ce qui pense et bouge contre l’option de la présidentielle du 12 décembre prochain.

Par Leïla Zaimi
Ces acteurs politiques et associatifs dénoncent une recrudescence des opérations de police contre les manifestants et craignent un dérapage, à l’instar du Front des forces socialistes, hier, dans une déclaration. Le FFS a publié une déclaration dans laquelle il s’inquiète du climat actuel et lance un appel aux Algériens de maintenir la pression de manière pacifique et d’éviter tout type de violence dans leurs revendications démocratiques et des libertés. Le parti «appelle les Algériennes et les Algériens à rester vigilants et mobilisés pacifiquement en toutes circonstances, pour déjouer toutes les tentatives de diabolisation de leurs objectifs en faveur d’un changement du système, largement relayé par des voix malintentionnées dans le but de porter atteinte à la cohésion et à l’unité du pays qui sont une ligne rouge», souligne le FFS à travers son premier secrétaire, Hakim Belahcel.
Pour sa part, la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH) dénonce «des pratiques de répression» contre les manifestants et les militants se réclamant du Hirak. «A présent, nul besoin de démontrer l’option de la répression contre le Hirak pacifique, elle se précise de jour en jour : arrestations massives et ciblées des militants, interdiction des marches et des réunions, fermeture des champs politique et médiatique… Toute cette stratégie, sur fond d’un coup de force». La LADDH affirme que «la répression ne construit jamais une démocratie» et que «l’usage de la force et de la répression contre un mouvement pacifique est injustifié». «C’est même ressenti comme une agression, une hogra», a écrit dans un communiqué son vice-président Saïd Salhi. Ce dernier, qui réagissait hier, après la 33e marche pacifique des étudiants, a estimé que le climat répressif et anxiogène actuel «compromet» l’élection du 12 décembre prochain. Car «quelle légitimité» aura «une élection organisée par la force», s’est-t-il interrogé, avant de considérer que «la crise que vit le pays recommande des institutions fortes et surtout un président à forte légitimité et adhésion populaire». Aux yeux de la Ligue, le pouvoir en place veut à «tout prix faire passer sa feuille de route par la force». «Le système tente l’aventure au risque d’exposer le pays à tous les dangers», ajoute son vice-président. La LADDH appelle le pouvoir à «se ressaisir en répondant favorablement aux revendications populaires». Une négociation doit être ouverte en urgence pour amorcer une solution politique à la hauteur des espoirs suscités par le mouvement dès le 22 février, préconise-t-elle.
Auteurs d’une déclaration très sévère dénonçant un «climat de terreur», d’autres membres des «Forces de l’Alternative démocratique» (dont fait partie le FFS) envisagent, eux, de mener des actions sur le terrain. «Pour le moment, nous sommes en train de mettre en place les préparatifs et discuter sur ce que nous pouvons faire ou mener», a confirmé un des chefs de parti, membres de ce rassemblement d’opposition. Mahmoud Rechidi, secrétaire général du Parti socialistes des travailleurs, ajoute que ces actions «s’inscriront dans la dynamique du mouvement populaire». «Nous avons échangé sur un certain nombre de possibilités», a-t-il ajouté. «Nous sommes en train d’assister à un climat d’arrestations et de restrictions des libertés individuelles et collectives inacceptable. La situation est en train de s’accentuer et de s’aggraver à l’approche du rendez-vous électoral, arrestations des étudiants, de journalistes, de simples citoyens…», a-t-il poursuivi. Et de préciser sa pensée et celle des membres du rassemblement auquel son parti adhère : «Pour nous, les Forces de l’Alternative démocratique, le 12 décembre prochain – date de l’élection présidentielle – est un rendez-vous qui confirme la continuité et le maintien du pouvoir en place». S’exprimant sur l’avenir des détenus d’opinion, notre interlocuteur a dit que la libération des détenus d’opinion «dépendra de notre combat. Et de tout ce que nous pouvons faire pour les faire sortir de prison». Pour ce qui est de l’intervention des ONG internationales, en matière de liberté de l’Homme et d’incarcération des citoyens et des militants politiques et d’opinion, M Rachedi se dit contre toute ingérence étrangère. Mais s’il s’agit de «solidarité» ou de «soutien», il n’y a «aucun problème».
De son côté le RCD, a, dans une démarche dénonciatrice également, observé hier que «des marches pacifiques hebdomadaires des étudiants viennent d’être réprimées brutalement par la police, notamment à Alger et Bordj-Bou Arréridj». Le parti dirigé par Mohcine Belabbas parle de «dizaines d’arrestations parmi les manifestants et de nombreux blessés». Selon lui, il s’agit d’une «escalade» qui «renseigne sur la panique du régime et son incapacité à asseoir un dialogue pouvant sortir le pays d’une crise que seul le peuple algérien peut dénouer par son choix souverain en dehors des agendas déclarés ou cachés du vice-ministre», allusion sans doute au général de corps d’Armée et chef d’état-major de l’ANP Ahmed Gaïd Salah.
Le RCD qui «dénonce l’usage de la violence contre des manifestants pacifiques» (…) «exige la libération de toutes les personnes interpellées». Il «renouvelle son appel à la libération sans condition de tous les détenus d’opinion», appelant «les Algériennes et les Algériens à demeurer mobilisés et à intensifier et diversifier les luttes pacifiques pour l’avènement d’une transition démocratique».
Jil Jadid dénonce, quant à lui, «cette vague d’arrestation» et dit qu’il persiste à croire que «la libération de tous les détenus d’opinion est un préalable incontournable pour une sortie de crise».
Dans un communiqué signé par son président Soufiane Djilali, le parti regrette «les arrestations des manifestants qui sont de plus en plus fréquentes et plus brutales malgré l’exceptionnel pacifisme du mouvement populaire»..n