A quelques semaines d’une élection présidentielle qui s’annonce délicate notamment dans ses aspects organisationnels, la tension semble monter d’un cran et un climat anxiogène semble s’être installé.

Les arrestations des manifestants, des militants et autres journalistes se multiplient. Les manifestations publiques pourtant garanties par les lois de la République font l’objet d’une pression manifeste. Même le caractère pacifique de ces marches ne semble pas suffire à mettre à l’abri leurs animateurs. Des actions à la limite du harcèlement qui ne font qu’ajouter à la tension déjà à son extrême, résultat d’une crise politique sans issue qui a éclaté depuis la démission de Bouteflika et le basculement du pays dans une phase d’instabilité constitutionnelle. La journée d’hier par exemple durant la marche des étudiants aura été particulièrement dure. Des arrestations et usage excessif de la force ont été signalés, le fait des services de police qui avaient tenté d’empêcher la marche. Le journaliste Hamza Aggoune, correspondant de Russia Today, a d’ailleurs été violenté par les policiers dans l’exercice de son métier, celui de couvrir la manifestation des étudiants comme chaque mardi. L’on est loin de l’état de sérénité qui devrait accompagner une phase importante pour l’avenir du pays. Les réactions face à cette situation de pression permanente ne sont pas nombreuses malgré les inquiétudes qu’elles suscitent. Parmi les rares réactions celle du FFS qui a condamné « avec la plus grande vigueur les arrestations et mises en détentions arbitraires sans fin des animateurs du mouvement révolutionnaire pacifique qui ont pour finalité d’installer un climat de peur et de démobilisation ».

Des élections sous tension
Ces arrestations et autres harcèlements judiciaires touchant plusieurs personnes ne feront qu’installer un climat de tension extrême qui ne cadre aucunement avec la sérénité recommandée par une élection pour la présidentielle.
Il apparaît clair qu’un choix a été fait : celui d’aller vers des élections en ayant au préalable étouffé toute voix discordante. Une position particulièrement risquée et qui devrait faire réfléchir les décideurs appelés à organiser un scrutin présidentiel dans des conditions difficiles, plutôt en demande d’apaisement. Au moment où est attendue la relaxe des nombreux détenus d’opinion comme gage de bonne volonté et comme mesures de détente, c’est le contraire qui semble se produire. Non seulement la relaxe ne semble pas à l’ordre du jour, mais une véritable tentation répressive semble en cours. Il reste pour le moins étonnant le choix de cette option restrictive au dépend de mesures de détente qui auraient été politiquement plus opérantes dans la conjoncture actuelle.
L’Algérie a déjà connu des élections durant lesquelles des boycotteurs avaient le droit de s’exprimer et d’exposer, du moins à minima, leur rejet de l’opération électorale. Vouloir organiser des élections en restreignant toutes les voix dissonantes n’est pas pour faciliter le déroulement du processus électoral. Même les médias semblent de plus en plus subir des pressions directes et indirectes visant notamment les voix discordantes. Des journalistes sont particulièrement visés dans l’exercice de leur métier, certains sont convoqués par la Gendarmerie nationale où ils sont entendus pendant plusieurs heures par la section de recherche sur demande du parquet. Une « stratégie de la tension » qui risque bien de déborder. La Fédération internationale des journalistes FIJ a condamné lundi les « entraves à la liberté de la presse en Algérie ». La FIJ réagissait à l’évidence à l’incarcération de Sofiane Merakchi, correspondant de la télévision libanaise Al-Mayadeen en Algérie. « Le journaliste est détenu depuis le 22 septembre, sans avoir pu contacter sa famille », a dénoncé la FIJ. Alors que le processus électoral est lancé, ces « dérives » sont loin de constituer une bonne publicité pour l’image de l’Algérie, encore moins apporter la sérénité indispensable pour l’élection présidentielle du 12 décembre.