Le 5 Octobre 1988 aura été une date symbole dans l’histoire récente de l’Algérie depuis son indépendance. Les Algériens avaient alors décidé, lors d’une insurrection populaire, qui s’était soldée par un bilan tragique de la répression, d’aller vers le changement et de forcer le système d’alors à l’ouverture d’un champ politique pluriel. Plus de trente années plus tard, un autre mouvement populaire est dans la même dynamique. Celle d’une demande de changement vers une meilleure Algérie que vingt années de pouvoir « bouteflikien » a maintenue dans l’immobilisme devenu aujourd’hui étouffant.

L’histoire retiendra qu’Octobre a arraché des concessions historiques. La liberté d’expression, le multipartisme, la liberté de la presse ont été des acquis arrachés par la volonté populaire et non pas concédé volontairement par un système, qui refusait même l’expression d’un avis contraire. Considérant l’origine politique du séisme politique, qui a ébranlé le système, ce dernier consentit à des réformes institutionnelles. Des réformes dont l’effet se verra vite estompé. Après ce qu’on a qualifié de «parenthèse démocratique», les décennies suivantes se sont caractérisées par une restriction dans le domaine des libertés et une limitation dans l’exercice politique et l’accession au pouvoir. Après la « décennie noire » et ses dégâts incommensurables, s’est irrémédiablement installée une chape de plomb, préservant uniquement une démocratie de façade que les vingt ans de pouvoir de la dernière présidence n’auront fait qu’exacerber.

Volonté de réappropriation
Plus d’une trentaine d’années après, il y a comme une réelle volonté de réappropriation populaire définitive de la décision. Celle qui engage l’avenir de générations qui sont convaincues que l’Algérie est un pays mal géré, bloqué par un système qui ne veut plus le changement. Ou ne peut plus engager cette transformation nécessaire. Depuis le 22 février, est visible dans la rue l’expression de cette volonté populaire de l’exigence du changement. Ces sept mois de crise politique aiguë, durant lesquels un bouleversement inimaginable s’est produit, dont l’incarcération d’un certain nombre de personnalités politiques de premier plan et des hommes d’affaires, symboles d’un système oligarchique qui s’est complu dans la corruption, auront ébranlé le système. Dans la même dynamique de 88, les Algériens semblent de nouveau installés dans un mouvement de volonté de changement dans les règles de l’accession au pouvoir. La persistance du mouvement populaire, malgré les difficultés, a étonné les observateurs. Les Algériens semblent avoir compris que l’après-Bouteflika sera démocratique ou ne sera pas. La volonté du système, jusqu’à la dernière minute, de faire passer un suicidaire cinquième mandat, aura fini par faire éclater l’exacerbation populaire, humiliée par l’excès des zélateurs à la limite du supportable. Aujourd’hui, les appels à un inévitable dialogue «global et inclusif» comme moyen transparent et démocratique, pour trouver une issue salutaire à la crise politique, se font plus pressants. L’impasse politique actuelle reste en attente d’un début de solution et le passage tangible vers une réalité nouvelle. Les Algériens dans leur différence, ceux qui refusent l’élection dans sa forme actuelle et ceux qui y adhèrent promptement, sont unanimes sur une question, la nécessité du changement. Reste dans quelle mesure ? A quelques semaines d’une élection présidentielle cruciale pour l’avenir du pays, la question reste posée. <