L’Opéra d’Alger convie les mélomanes et les amoureux de la musique andalouse à assister, depuis hier, à la première rencontre de musique andalouse de style «çen’a», (école d’Alger), intitulée «Témoignage», qui se poursuivra jusqu’au 5 octobre avec, au programme, la participation de plusieurs associations venues de différentes wilayas animer des soirées musicales à partir de 20H.

Cette rencontre, organisée dans le cadre des missions de l’Opéra d’Alger Boualem-Bessaïh pour la préservation et socialisation de la mémoire culturelle et musicale andalouses, se clôturera par un vibrant hommage à Cheikh Abderrahmane Belhocine, grand maître de la musique «çen’a», précisent les organisateurs dans un communiqué parvenu à la Rédaction. Les soirées de cette première rencontre ont débuté, hier, avec les prestations des associations «El Amraouia» de Tizi Ouzou et «El Djenadia» de Boufarik. Elles se poursuivront dans la soirée d’aujourd’hui avec les associations «Ibnou Badja» de Mostaganem et «El Djazira» de Kouba, suivies dans la soirée de vendredi, toujours à 20H, par le récital des associations «Kaissaria» de Cherchell et «Manzeh Anadel Eldjazaïr».
Quant à la soirée de clôture, qui se déroulera samedi prochain, les organisateurs soulignent qu’elle sera marquée par un concert en hommage à Abderrahmane Belhocine, grand maître de la musique «çen’a». Le public aura ainsi l’occasion d’assister à une fusion musicale entre l’orchestre andalou régional «çen’a» et l’orchestre symphonique, de l’Opéra d’Alger, sous la direction artistique du maestro Lotfi Saïdi et la participation, en tant que musicien, du directeur de l’Opéra d’Alger Nour-Eddine Saoudi, qui a été l’élève de Abderrahmane Belhocine.
«Abderrahmane», le maître de «çen’a» au sens critique
C’est au début des années 1930, qu’Abdellah Belhocine, dit «Abderrahmane», né en 1909 à Alger, fait son initiation dans les classes d’Ahmed Sebti, Mahieddine Lakehal et Abderrezaq Fakhardji, au sein de l’association El Djazaïria. Se révélant très bon musicien, il se lance dans le circuit professionnel. La première fois avec l’orchestre personnel de son professeur Ahmed Sebti, alias Chitane, Mohammed Bencharif complétait ce trio inséparable. On disait d’eux qu’ils étaient comme les deux lanternes – fanoussate – qu’on plaçait de part et d’autre de la pendule – Sa’â – dans les riches demeures algéroises. Il séjournera en France métropolitaine quelques temps et à son retour, il formera son propre orchestre avec entre autres musiciens El Hadj Djaïdir Hamidou à la percussion. Il rejoindra par la suite le grand orchestre de la station radio Alger dès sa création, en 1946, sous la direction de Mohammed Fakhardji. Au milieu des années 1950, Abdelkrim M’hamsadji, le délègue au conservatoire d’Alger comme professeur, où il restera jusqu’aux années 1970. Il est de notoriété que Cheikh Belhocine a contribué à parfaire la formation musicale de Reinette Daoud (Reinette l’Oranaise) mais également celle du Rossignol de la ville de Blida, Cheikh Dahmane Benachour. Mais la plus grande reconnaissance qui a fait aussi la légende de ce maître est, sans conteste, celle qui nous vient de Si Mohammed Khaznadji. A l’issue de ses innombrables enregistrements, effectués dans les années 80 dans les studios de Si Abed Zerrouki (véritable orfèvre de la relance de la musique andalouse), il ne manquera aucune opportunité pour rendre hommage à son maître. Des nombreux élèves qui sont passés chez lui -dont certains prendront le relais dans le circuit de l’enseignement de cette musique, ne manquent jamais l’occasion de lui rendre hommage et de témoigner l’admiration qu’ils avaient pour lui.Nous pouvons citer le Grand Sid Ahmed Agoumi, Rezki Harbit, Nour-Eddine Saoudi, qui reconnaîssent en lui «une grande intelligence pour avoir su transmettre l’esprit critique de toute chose et pour toute chose».