La 17e édition des Rencontres cinématographiques de Béjaïa, s’est clôturée jeudi dernier avec la projection en soirée de «Mon cousin l’Anglais» de Karim Sayad, précédé dans l’après-midi par les projections de «Vendredi est une fête» de Samir Ardjoum et Ager Oueslati, «Unis vers Kateb» de Rahma Ben Hamou El Madani, «Awel ayta» de Rami Aloui et Nadir Mohammadi, ainsi que du long métrage «The distant barking of dogs» du réalisateur danois Simon Lareng Wilmont à la Cinémathèque de Béjaïa.

Le film danois relate les conséquences de la guerre sur les enfants, notamment la perte de l’innocence, à travers l’histoire d’Oleg, âgé de dix ans, qui vit dans l’est de l’Ukraine dans la zone occupée par l’armée russe. Une zone de guerre soumise aux tirs anti-aériens et aux frappes de missiles, où vivent Oleg et sa grand-mère, car ils n’ont nulle part ailleurs où aller. La projection, organisée dans le cadre du partenariat avec la délégation de l’Union européenne en Algérie, qui relance avec cette participation les journées du film européen en Algérie, s’est déroulée en présence de l’ambassadeur d’Ukraine en Algérie, Maksym Subkh, et de l’ambassadeur de l’Union Européenne en Algérie, John O’Rourk.
L’ambassadeur ukrainien a expliqué aux présents que «The distant barking of dogs» est un film qui «relate la terrible guerre qui se déroule dans l’est de l’Ukraine» et que «les événements terribles et les souffrances quotidiennes des habitants de cette région, que vous allez voir dans le film sont toujours d’actualité. Ce qui est regrettable c’est que cette guerre a été déclenchée par un pays voisin, la Russie, avec qui nous avions de très bonnes relations».
Il soulignera également que «le film à une grande importance pour l’Ukraine, car il permet de diffuser le message du peuple et du gouvernement ukrainiens à travers les œuvres cinématographiques, comme nous le faisons avec d’autres créations artistique ukrainiennes. Le message est que nous, nous allons continuer à œuvrer sans relâche pour la reconquête de la liberté et de l’indépendance des zones occupées par la Russie»
Ainsi, L’Ukraine continuera à se battre et à lutter pour retrouver son intégrité territoriale, après à l’agression militaire russe qui a eu pour conséquence l’annexion de la Crimée et l’occupation des régions de Donetsk et Louhansk à l’est d’Ukraine.
L’Ambassadeur d’Ukraine en Algérie a également tenu à saluer la présence de l’Ambassadeur de la délégation de l’union européenne en Algérie John Ourouk, et, à travers lui, les pays de l’Union Européenne qui ont été d’un soutien indéfectible pour la cause ukrainienne notamment en imposant de lourdes sanctions à la Russie.
Le représentant diplomatique de l’Ukraine en Algérie a conclu son allocution, diffusée en direct sur la page officiel des RCB, en émettant le souhait que la projection de «The distant barking of dogs» permettrait au public de se rendre compte de la réalité des faits qui se déroulent dans l’Est de l’Ukraine et que cela les inciterais à faire des recherches sur cette agression militaire russe envers une nation souveraine. Par ailleurs il a affirmé que malgré cette guerre imposée à son pays, le gouvernement ukrainien a réussi à maintenir la stabilité dans le reste de l’Ukraine et a invité les Algériens à venir découvrir les richesses des sites historiques et naturels ukrainiens.

«Terminal sud», autopsie de la violence
Attendu pour restituer les affres de la décennie noire, l’épisode du terrorisme des années 1990 en Algérie, «Terminal sud», du réalisateur Rabah Ameur Zaibeche, projeté dans la soirée du mercredi à la Cinémathèque de Béjaïa, aura pris de cours tous les spectateurs. «Non que le film ait fait l’impasse sur cette tragédie mais parce que son auteur est resté muet délibérément sur l’identité du pays qui l’a subi, la nature du conflit qui le traverse (insurrection ou contre-révolution) et l’époque de son déroulement», souligne l’APS
En somme, c’est un thriller abstrait, qui aurait pu se dérouler sous toutes les latitudes, car réunissant tous les ingrédients qui le caractérisent, notamment la peur, l’angoisse et l’épouvante. Une histoire terrible, magnifiée par le jeu des acteurs, notamment Ramzi Bedia, dans le rôle principal et aussi Amel Brahim Djelloul, et Slimane Dazi.
Le seul repère qui en trahit l’origine, reste les sonorités du langage algérien, distillées du reste avec parcimonie par certains protagonistes, lesquels ont fait le choix d’échanger et de s’exprimer en français. Même les décors paysagers et les scènes urbaines tranchent avec les références nationales, ayant été puisées exclusivement de la carte du patrimoine du sud de la France et qui auraient pu trouver leur équivalent dans n’importe quel coin du globe.
Visiblement Zaibéche a fait un choix scénographique délibéré, estimant que la trame de sa chronique est courante dans diverses régions du monde en proie à la violence armée et qui se partagent toutes les mêmes scènes de terreur et d’horreur, les mêmes drames. Le film relate l’histoire d’un jeune médecin, sans nom (campé à l’occasion par Ramzi Bedia) qui, malgré l’insécurité qui l’entoure, continue à accomplir scrupuleusement et avec passion sa mission. Ni les disparitions, ni les enlèvements, ni les assassinats qui lui sont rapportés par ses patients et perpétrés par des groupes non identifiés, ni les menaces anonymes dont il est fréquemment l’objet, ne le persuadent de lâcher prise et de fuir avec sa femme à l’étranger.
Mais, un beau jour, tout bascule. Son beau-frère journaliste de son état, est victime d’un attentat dans la rue, quasiment devant ses yeux. Il a rendu son dernier souffle dans ses mains sur une table d’opération. Et avant même qu’il ne s’en remette, il se fait réquisitionner manu-militari, par un groupe armé qui l’emmène en forêt pour soigner un des leurs, gravement blessé. Il réussit à le sauver, mais un autre groupe, l’attendait pour l’enlever à son tour, lui reprochant d’avoir soigné un chef ennemi. Il est ainsi soumis à des séances de tortures insoutenables avant d’être relâché dans un état proche de la mort. Retrouvé dans une décharge publique et sauvé par un ami, il est vite pourchassé et traqué par un autre groupe hostile, tout aussi anonyme. Alors qu’il se trouvait à bord de la voiture de son sauveur, il prend une arme, en descend, et tire à bout portant sur ses poursuivants, les atteignant mortellement. Lui dont les mains qui soignent a tué. Mais il a du s’y faire, et reprendre ses esprits avant de fuir, en rejoignant clandestinement, à bord d’un navire de transport de marchandises en partance vers l’étranger.