Mustapha Khiati, président de la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche (Forem), explique dans cette interview comment les acteurs de la santé de la wilaya d’El Oued auraient pu éviter le drame qui a coûté la vie à 8 nourrissons, suite à un incendie au sein d’une structure sanitaire « mère et enfant » située au chef-lieu de cette wilaya.

Reporters : Premièrement, est-ce que vous trouvez normal que de tels drames puissent se produire dans nos structures sanitaires en 2019 ?
Mustapha Khiati : Effectivement, ce n’est pas normal et ce genre d’incident reflète un cumul d’erreurs et de pratiques irrationnelles des organes de gestion. Je cite dans ce sillage, certains directeurs de ses structures et leurs adjoints et je fais surtout allusion à la négligence, au laxisme et à l’absence du suivi. Dans ce sens, je me poserai quelques questions pour savoir est-ce que les agents techniques au sein de ces structures ont été entraînés sur l’utilisation des extincteurs ? Et quelle est la dernière fois où ces équipements ont subi des contrôles de validité ?

Concernant la cause de cet incendie, on avance selon les premières informations préliminaires que c’était suite au déclenchement d’un court-circuit durant l’utilisation d’un appareil anti-moustique. Trouvez-vous que cette explication est logique ou avez-vous une autre idée sur la question ?
Il est difficile pour le moment de dire quelles sont les causes réelles. Quand il y a autant de pertes humaines cela nécessite l’établissement d’une enquête approfondie dans laquelle plusieurs organes s’impliquent pour déterminer les véritables raisons de ce drame. Je dirais qu’il est difficile de déterminer ce qui s’est passé réellement du fait que dans ce genre de structures, il y a un équipement sophistiqué et varié et aussi environ une centaine de personnes entre travailleurs et malades.
Il y a aussi des équipements dont on ne voit pas toujours le fonctionnement à l’œil nu, comme les climatiseurs et les appareils à oxygène. Il faut savoir aussi que cet établissement, qui a été construit durant les années 1980 par la société française Bouygues, a subi des modifications mais sans revenir à l’avis de la société qui l’a construit. C’est pour ça qu’il faut un travail approfondi pour déterminer les causes, un travail établi par la justice ainsi que les services de la police scientifique.
Il y a aussi le rôle du ministère de la Santé à travers ses experts. La tutelle travaille sur deux plans, l’un est administratif, ce qui lui permet de connaître les heures d’entrée et de sortie, elle peut connaître aussi où se trouvait le staff durant cet incident regrettable.

A qui peut-on incomber la responsabilité de cet incident et est ce qu’il était possible de l’éviter ?
Laissez-moi d’abord répondre à la deuxième tranche de la question. Effectivement, cet incident pouvait être évité mais seulement si les équipements préventifs fonctionnaient correctement, comme ceux qui détectent la fuite de gaz ainsi que les caméras de surveillance et la présence des staffs.
Il ne faut pas oublier que dans un service denouveau-nés comme celui dans lequel l’incendie s’est déclenché, il doit y avoir une infirmière en permanence de jour comme de nuit. Pour ce qui est de la responsabilité, elle reste celle des staffs médicaux, le directeur de l’établissement, la direction locale de la santé parce qu’elle a aussi des médecins contrôleurs.
La responsabilité est aussi celle de la tutelle parce qu’elle est responsable de la désignation des responsables dans le secteur. Pour conclure, je dirais que pour cet incident, il faut attendre les investigations de la justice et les services de sécurité pour déterminer la cause principale.