Il y a sept mois, jour pour jour, les Algériens ont décidé de sortir dans la rue pour exprimer le refus d’un cinquième mandat considéré comme «l’humiliation de trop» pour un peuple fier et digne.

Depuis, le mouvement de contestation ne s’est jamais essoufflé malgré beaucoup de changements survenus à des niveaux divers, dont le départ de Abdelaziz Bouteflika et l’emprisonnement de plusieurs personnalités fortes de «l’ancien» système. L’exigence de changement reste la revendication récurrente d’un mouvement sans représentativité mais gardant un pacifisme à toute épreuve. Une véritable vie politique parallèle s’est installée en Algérie entre ceux qui exigent un retour prompt au processus électoral, considérant que «les choses ont changé» et prenant pour preuve la mise en détention des «principaux symboles de la issaba (la bande)», et ceux qui revendiquent mordicus des changements préalables pour s’engager dans le scrutin. Pour ces derniers, le départ de Bouteflika était d’emblée considéré comme une occasion inratable pour imposer le changement et construire de nouvelles bases d’accession au pouvoir. Les vendredis du Hirak se sont poursuivis avec une régularité de métronome avec, à chaque fois, des réactions sur l’actualité hebdomadaire, voire des réponses aux décisions prises en cours par le gouvernement. Au fil des mois, la crise semble sans issue.

L’inconnue du 12 décembre
Aujourd’hui, l’Algérie se retrouve dans une situation particulière. Le chef de l’Etat par intérim Abdelkader Bensalah a convoqué le corps électoral pour le scrutin présidentiel le 12 décembre prochain. Le mystère reste entier sur les conditions du déroulement d’un scrutin aussi crucial pour l’avenir du pays. Pour les tenants du pouvoir, l’organisation de la présidentielle devenait une nécessité absolue. Face à l’impasse dans laquelle s’est retrouvé bloqué le pays, faute de solution consensuelle, il fallait absolument forcer le pas pour aller vers une voie de sortie. La mise en place d’une instance nationale de médiation et de dialogue, dirigée par un ancien président de l’APN, a fini par présenter un rapport au chef de l’Etat par intérim sur la nécessité d’aller vers le scrutin présidentiel, le considérant comme une revendication populaire. Dès lors, il était clair que l’option d’un scrutin avant la fin de l’année se précisait. La «proposition» du premier responsable de l’ANP, d’opter pour la date du 15 septembre pour convoquer le corps électoral, annonçait déjà la couleur. Il faut dire que ce n’est pas la première fois que le corps électoral est convoqué durant ces sept mois de la crise. Un autre rendez-vous, celui du
4 juillet dernier, avait été annulé faute de conditions minimales mais surtout faute de candidats. Pour cette fois, les conditions ont-elles pour autant changé pour offrir un environnement propice à l’élection ? L’installation d’une commission pour la surveillance d’une élection présidentielle, indépendante et
dotée de larges prérogatives instituées par voie parlementaire, est aujourd’hui un élément nouveau dans le paysage national. Présentement, les regards sont braqués vers les noms des candidats qui animeront la campagne pour l’élection du président qui succédera officiellement à Abdelaziz Bouteflika. Entre ceux qui y croient, voire s’engagent dans ce processus, et ceux qui refusent toujours cette perspective,
l’Algérie n’en finit toujours pas de vaciller.