L’université populaire du Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ), qui devait se tenir jeudi dernier à place Patrice-Lumumba, au centre-ville de Béjaïa, a été empêchée par la police faute d’autorisation des autorités locales.
C’est au moment où le président du RAJ, Abdelouahab Fersaoui, prononçait son discours d’ouverture des travaux de ce regroupement national qu’une patrouille de la Brigade de recherches et d’intervention (BRI) relevant de la Sûreté de wilaya, est intervenue sur les lieux pour interrompre les activités de l’association et arrêter une vingtaine de personnes, dont des militants connus. Parmi ces derniers, le président du RAJ, le vice-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH), Saïd Salhi, l’activiste Merzoug Touati, Nordine Djoulane, un élu à l’APC de Béjaïa, ainsi que des militants du PST et du FFS, dont le fédéral de Béjaïa.
Suite à ces interpellations, des centaines de citoyens présents sur les lieux ont improvisé une marche pacifique vers la symbolique place de la Liberté d’expression Saïd-Mekbel, où ils ont tenu un rassemblement de protestation pour dénoncer ce qu’ils qualifient de «vague de répression visant à étouffer toute voix discordante».
Après quelques prises de parole, la foule décida d’assiéger le commissariat central pour exiger la libération de tous les citoyens arrêtés. Les manifestants observeront deux sit-in, l’un devant le siège de la Sûreté de wilaya et l’autre devant le Palais de justice, en signe de protestation contre l’arrestation des leurs.
Vers 13H, tous les militants arrêtés, pas moins de 23 personnes au total, seront libérés par les services de sécurité à la grande satisfaction de leurs camarades qui manifestaient dans la rue. Interrogé par des journalistes présents, le président du RAJ a déclaré, à sa sortie du commissariat central : «Nous regrettons de constater, aujourd’hui, que l’un des acquis de la révolution du 22 février soit remis en cause de manière violente. Il s’agit, en fait, de la réappropriation par les citoyens de leurs espaces d’expression. Le pouvoir, qui ne cesse d’appeler au dialogue et au respect de la légitimité constitutionnelle, vient de franchir un autre pas dans sa politique répressive, en bafouant les droits de réunion et d’expression qui constituent les fondements de la démocratie».
Abondant dans le même sens, Saïd Salhi de la LADDH dira : «Quoi qu’il fasse, le pouvoir ne réussira jamais à venir à bout de la détermination de la majorité du peuple algérien qui continuera à se battre pacifiquement jusqu’à l’avènement d’une nouvelle République basée sur un véritable Etat de droit.».
Réagissant à cette énième interdiction de réunion qui frappe l’association RAJ, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) a tenu à dénoncer, dans un communiqué, «les forces de répression qui sont intervenues avec brutalité pour empêcher la tenue de l’université populaire de l’association RAJ, prévue à Béjaïa». Le parti de Mohcine Belabbas se déclare, en outre, «solidaire avec la décision des jeunes du RAJ pour organiser leur université malgré le refus des reliquats du système politique, instauré par le président déchu.». De son côté, le Front des forces socialistes (FFS) a également condamné, à travers son Premier secrétaire national, le Dr Hakim Belahcel, «l’arrestation brutale, arbitraire et violente des militants du FFS, des militants de l’association RAJ, lors du rassemblement pacifique, organisé par RAJ au niveau de la place Lumumba dans la ville de Béjaïa.» Le responsable du plus vieux parti d’opposition démocratique en Algérie a, par ailleurs, exigé «la libération immédiate des personnes interpellées et l’arrêt du harcèlement sécuritaire engagé contre eux», tout en soutenant que «le combat continue».
Le Parti des travailleurs (PT) a également réagi par un communiqué signé par le Secrétariat du bureau politique, en déplorant qu’«après le refus d’autoriser l’université d’été de l’Association RAJ, qui devait se tenir à Tichy, les militants de RAJ ont convoqué leur réunion, en plein air, sur la place publique Patrice-Lumumba à Béjaïa. Suite à quoi, plusieurs participants dont le président de RAJ, Abdelouahab Fersaoui, et le vice-président de la LADDH, Saïd Salhi, ont été arrêtés et emmenés vers différents postes de police». Le PT condamne fermement «cette interdiction et cette répression» et appelle à «relâcher immédiatement tous les militants arrêtés et la libération sans conditions de tous les détenus politiques et d’opinion, dont Mme Louisa Hanoune et Lakhdar Bouregaâ.».