Une semaine après la tragédie du 20-Août-1955 à Belouizdad, un moment qui devait être de joie et de partage et qui s’est transformé en tragédie avec la mort de cinq jeunes, âgés de 12 à 21 ans, à l’entrée du concert de Soolking, aucune information n’a encore été rendue publique sur l’enquête en cours, lancée par le Parquet d’Alger sur cette affaire qui a déclenché une véritable onde de choc dans le pays.

Entre indignation et révolte, le contexte et l’âge des victimes, le drame a rapidement pris la tournure d’une dimension nationale et politique. Vendredi dernier, au lendemain du drame, le Premier ministre Noureddine Bedoui et le chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah ont présenté leurs condoléances aux familles et annoncé l’ouverture d’une enquête officielle et assurer que des mesures seront prises afin d’apaiser la vindicte populaire. M. Noureddine Bedoui avait ainsi, rapidement, annoncé qu’«une enquête a été ouverte pour déterminer les causes et circonstances de cet incident tragique et prendre les mesures nécessaires». Ordonnée par le procureur de la République près le Tribunal de Sidi M’hamed d’Alger, pour déterminer «les circonstances de cet incident et définir les responsabilités». Le président de la République précisera, au cours de la même journée, que des «mesures nécessaires pour qu’une telle tragédie ne se reproduise plus» seront prises.
Au fil des jours, les faits s’enchaîneront, dans de véritables coups de théâtre. 24 heures après le drame, le Premier ministre prend la décision de limoger le directeur général de l’Office national des droits d’auteur et droits voisins (Onda), Sami Bencheïkh El Hocine, l’organisateur du concert, pour «manquement aux obligations assignées». 48 heures après le drame, la ministre de la Culture Meriem Merdaci présente sa lettre de démission, acceptée par le chef de l’Etat. Le même jour, soit à la fin de la journée de samedi, quelques heures après la démission de la ministre de la Culture, un communiqué de la présidence annoncent le limogeage du directeur général de la DGSN. Ces décisions sont inédites en Algérie, pour la première fois de hauts responsables sont sanctionnés car il y a eu mort d’hommes. Mais cela n’a pas suffi à calmer les esprits et de plus en plus de voix demandent que toute la lumière soit faite sur ce drame, réclamant la transparence dans le déroulement de l’enquête.

Des appels pour une enquête en toute transparence
Pour le moment, le procureur près le Tribunal de Sidi M’hamed n’a rien laissé filtrer et les concernés invoquent l’obligation de réserve dans le cadre d’une affaire en cours d’instruction. Face à ce silence, les réseaux sociaux prennent le relais, se transformant en tribunaux populaires, où les accusations les plus acerbes sont diffusées et les intox sont rapidement transformées en vérité absolue pour tenter d’étayer le point de vue de chacun. Selon nos sources, l’Onda se défend et assure avoir fait son travail en se basant sur une répartition et une séparation des tâches selon le domaine de compétences de chacun. En l’occurrence, l’Onda devait assurer la sécurité à l’intérieur du stade. Quant à l’entrée du stade, lieu de la triste bousculade, il est du domaine des compétences de la DGSN. Notre source nous a assuré que les demandes de l’Onda faites pour le bon déroulement de l’entrée au stade n’ont pas été respectées malgré la simulation faite à la veille du concert. Lundi passé, une vidéo filmée par un drone, a fuité, démontrant la gestion de l’entrée des spectateurs avec notamment l’alignement des camions antiémeutes qui ont fait l’effet d’un goulot d’étranglement. La DGSN, par obligation de réserve dans le cadre d’une enquête en cours, selon certaines suppositions, n’a pas encore officiellement communiqué ni sur le drame ni sur les accusations qui sont portées à son encontre. Toutefois, aujourd’hui, de nombreuses questions restent ouvertes, qui est le véritable responsable de cette tragédie ? Est-ce une responsabilité collective ? Est-ce le résultat terrible d’un excès de zèle de quelques éléments qui n’ont pas été formés à ce type de gestion de foule, confondant les ultras d’équipes et des gamins venus voir leur idole ? Seuls les résultats de l’enquête pourront dévoiler la réalité de l’enchaînement des décisions et des failles dans l’échelle des responsabilités qui ont fait basculer les choses vers la perte de cinq jeunes à la fleur de l’âge.

L’Onda, une entreprise économique sans intérimaire
Par ailleurs, une autre zone d’ombre demeure, celle de la vacance du poste du directeur général de l’Onda, alors que la DGSN a rapidement trouvé un patron et le ministère de la Culture un intérimaire en la personne de Hassen Rabehi, qui cumule le poste en plus de celui de ministre de la Communication.
Pourquoi les responsables concernés n’ont pas encore désigné un intérimaire à la direction de l’Onda ? Sachant que l’office n’est pas une simple institution culturelle, mais la seule et unique institution culturelle qui s’autofinance avec un suivi rigoureux des perceptions de ces redevances. Il faut savoir, tel que nous l’a confirmé une source sûre, qu’«une entreprise comme l’Onda ne peut se permettre de rester sans intérimaire et sans délégation de signature car c’est avant tout une entreprise économique qui a de nombreuses conventions avec des opérateurs économiques dont seul le directeur général a les prérogatives de signature. Sans oublier que nous sommes à la veille du
31 août et qu’il n’y a personne pour signer les virements des salariés de l’Office». Une semaine sans gestionnaire à la tête de l’Onda aura des répercussions terribles sur la perception des redevances, non seulement pour les droits des artistes et la répartition de leurs dus, mais aussi sur les nombreux festivals et manifestations culturelles que soutient financièrement l’Onda dans le cadre de ses prérogatives de la promotion de l’action culturelle. Même l’apport financier et logistique au soutien des projets du gouvernement, à l’instar des caravanes culturelles dans le Sud, risque d’en pâtir, car il faudra rattraper les pertes de toutes ces journées sans gestionnaire, signataire légal qui suit de près les redevances nous assure notre source.

Soolking effondré en plein élan
L’autre dommage collatéral de ce drame est le rappeur algérien Soolking, qui était fier de revenir en Algérie, après sept ans d’absence pour partager avec ses fans sa réussite qui l’a hissé au Top 10 mondial. Après ce drame, il a été lynché sur les réseaux sociaux, dont les plus virulents sont les obscurantistes tapis dans l’ombre qui ont sauté sur l’occasion pour des prêches sans aucun respect pour les victimes et leurs familles endeuillées. Les commentaires les plus nuancés sont ceux des familles et des jeunes présents sur les lieux, qui ont vécu une soirée cauchemardesque, car ils avaient confiance au chanteur de «La liberté» Ceci à cause de la vidéo qu’il avait publiée à la fin du mois de juillet où il s’était engagé personnellement à garantir la sécurité pour les familles et les fans qui seraient au concert. Hélas, suite à la tragédie, Soolking s’est effondré et est resté prostré plusieurs jours, selon ses proches. Ce n’est que dans la soirée de lundi dernier qu’il publie une vidéo où il présente ses condoléances aux familles et lance un appel pour une «journée de silence» sur les réseaux sociaux à la mémoire des victimes et par respect aux familles touchées. Des familles qui souffrent en silence la perte de leurs enfants, dans la jeune collégienne Sophia, fauchée à l’aube de ces 13 ans, devenue le symbole de cette tragédie.