La cérémonie de lancement du 52e Festival national du théâtre amateur de Mostaganem (FNTA) s’est déroulée, dans la soirée de mardi, au Théâtre régional de Mostaganem, baptisé du nom Djilali Benabdelhalim, l’un des fondateurs du FNTA, en 1967, considéré comme un monument du quatrième art en Algérie. 

L’édition de cette année du doyen «des festivals algériens, arabes et africains» se poursuivra jusqu’au 1er septembre. A l’affiche une vingtaine de troupes, dont douze de théâtre amateur, en compétition. Au programme des débats, rencontres, des spectacles «en off» (hors compétition) dans plusieurs espaces de la ville, ainsi que plusieurs ateliers de formation, notamment en scénographie en collaboration avec l’Ecole des Beaux-Arts de Mostaganem.
Un nombreux public était présent à ce rendez-vous culturel qui évoque à lui seul plus de cinquante ans d’une histoire du théâtre particulièrement riche. La cérémonie d’ouverture de cette année est «particulière», selon les déclarations de plusieurs de ses organisateurs, car marquée, jusque tard dans la nuit, par une série d’hommages, ainsi que l’annonce de projets ambitieux, notamment la collecte des 52 ans d’archives de la manifestation, outre l’objectif d’accorder une plus grande place aux jeunes comédiens et metteurs en scène.
Le lancement du FNTA aura aussi été l’occasion pour le commissaire du festival, Mohamed Nouari, de faire un appel pour accorder à la culture et au festival le financement et l’aide nécessaires. Il en profitera pour rappeler à son auditoire toute la place du FNTA dans le paysage culturel algérien, en déclarant en substance qu’«il est impossible de parler du quatrième art en Algérie sans évoquer le FNTA», le qualifiant de «patrimoine immatériel à lui tout seul» ou encore de «théâtre du peuple ayant accompagné la réalité algérienne» et contribué à «diffuser la conscience sociale et politique». Rappelons que Mohamed Nouari est commissaire du festival depuis 2016.

Le budget encore revu à la baisse
Abordant le sujet sensible des budgets accordés à l’action culturelle, il estime qu’«il ne peut pas y avoir d’austérité dans la culture. Quelles que soient les dépenses, le résultat se mesure sur le développent de l’humain et que c’est en donnant les moyens à la culture de se développer que l’on peut construire une société et une nation forte». Une déclaration qui prendra tout son sens lorsque l’un des responsables nous dira, en marge de cette cérémonie d’ouverture, que le budget de cette édition 2019 avait encore été revu à la baisse. Et, plus encore, que des promesses de financement n’avaient pas été suivies de fait. Il est à noter que la cérémonie officielle, marquée par la présence du wali de Mostaganem ainsi que du président de l’APW, s’est distinguée par l’absence du ministre de la Culture par intérim, Hassen Rabhi, alors que la présence de l’ex-ministre de la Culture, Meriem Merdaci, était «prévue depuis longtemps, avant que l’on annonce sa démission», nous confirme l’un des organisateurs.

Des hommages et des projets
Cette première soirée du Festival fut par ailleurs empreinte de plusieurs moments d’émotion, lors des hommages, en présence des membres de leurs familles, à des personnalités du monde de la culture (théâtre, musique, poésie, littérature), mais aussi de la presse. «Des artistes, pour la plupart connus ou moins connus, qui, par leur travail, ont fait que le festival a continué d’exister», déclarera Mohamed Nouari.  Ce sera notamment à Mokhtar Athmani que le FNTA rendra un vibrant hommage. Il est considéré comme l’un des pionniers du théâtre amateur algérien, qui a formé plusieurs générations de comédiens et leur a surtout assuré un cadre où pratiquer leur art avec la création de la célèbre troupe « Prolet-Kult ».
L’édition 2019 du FNTA est l’occasion de retracer son histoire et montrer les acquis, en rappelant l’action d’artistes et de personnalités tels que Omar El Bernaoui qui fut le tout premier président du jury lors de la première édition du festival en 1967. Il est également prévu un important chantier dédié à la collecte des archives écrites, photographiques ou même filmiques témoignant des 52 ans d’histoire du festival. «Nous travaillions à réunir les archives du théâtre amateur, notamment les articles de presse publiées de 1967 à nos jours (…) C’est un patrimoine commun, nous avons lancé ce projet en collaboration avec les journaux El Moudjahid et El Djoumhouria», explique ainsi le commissaire du festival. Le journal El Djoumhouria, conserve, pour rappel, les archives du journal de l’époque coloniale (première édition 1844) de l’Echo d’Oran devenue la  République  en 1962, puis El Djoumhouria à partir de l’arabisation progressive des années 1970.
L’avenir occupe aussi une large place dans les projets du FNTA, le commissaire annonce, dans ce sens, la mise en œuvre d’une collaboration avec l’Institut arabe du théâtre en organisant un atelier de formation consacré aux techniques d’interprétation. Un engagement visant à donner un caractère international au travail du commissariat du festival notamment dans le domaine de la formation des jeunes comédiens à l’étranger.

Une douzaine de troupes en compétition
Quant aux troupes en compétition, et dont on a eu un petit aperçu lors de cette cérémonie d’ouverture avec la présentation par la troupe venue d’Oran, Drôle Madaire, d’une pièce « totalement improvisée » tant pour le public que pour les organisateurs. Ces derniers nous ont également expliqué que la sélection des troupes et la mise en place du programme ont nécessité un long travail de plusieurs mois. Abdelkader  Belkeroui, homme de théâtre, chargé de cette mission par le commissariat du FNTA, nous précisera avoir reçu près de 70 demandes de participation, bien que dans les faits seules 57 troupes «pouvaient réellement prétendre à prendre part au festival».
Il apparaît, par ailleurs, que les organisateurs ont veillé à ce que l’ensemble des régions du pays soient représentées. Les résultats sont, néanmoins, loin d’être satisfaisants, surtout pour les régions du Sud. «Dès le début du mois de juillet dernier, nous avons organisé plusieurs étapes de présélection en commençant avec les régions de l’Est du pays, Mila, plus exactement, puis Boudouaou pour le Centre, Chlef, Tiaret pour les troupes de l’intérieur et du Sud et, enfin, Mostaganem pour l’Ouest», explique ainsi le responsable. Ajoutant que lors de cette tournée de sélection, il a été constaté la disparition de plusieurs troupes de théâtre amateur, « en 2018, nous avions plus de troupes présentes et il y avait également une meilleure qualité des œuvres présentées». Un constat qu’il est difficile d’expliquer pour le moment, signalant néanmoins que les conditions de travail n’étaient pas idéales, particulièrement «dans les régions de l’intérieur du pays où certaines troupes de théâtre amateur ont disparu car elles ne trouvaient pas l’aide nécessaire. La question doit être posée aux responsables concernés».

Un jury et divers avis sur le théâtre amateur
Le Festival décerne six distinctions : les prix de la meilleure œuvre, de la meilleure mise en scène, du meilleur texte ainsi que des meilleurs comédienne et comédien et le « prix du jury». Les lauréats seront sélectionnés par un jury composé de cinq membres, en l’occurrence  
Hamida Aït El Hadj, Rym Takoucht, Djamal Dekkal, Haroun El Kilani  et Saïd Bouabdellah. Des personnalités du théâtre qui ont, également, des avis parfois différents, parfois contraires, mais certainement complémentaires, sur la façon de juger de la qualité d’une œuvre de théâtre amateur. Pour Hamida Aït El Hadj : «Que ce soit pour un festival de théâtre amateur ou professionnel, notre travail en tant que membres du jury se base sur les mêmes critères. Avant toute chose, nous jugeons le talent, puis les prédispositions à écrire, à mettre en scène ou à interpréter, des prédispositions que l’on retrouve en général chez les amateurs.»
Pour sa part, Djamal Dekkal souligne : «J’estime qu’en tant que jury composé de professionnels du théâtre, nous ne devons pas nous baser uniquement sur nos références pour juger ou évaluer le travail du comédien amateur. Le travail d’un comédien ou d’un metteur en scène amateur a ses propres codes. Je pense que nous devons prendre cela en considération pour juger de la qualité d’un texte, d’une mise en scène, d’un décor, ou du jeu des comédiens et comédiennes.»  Des avis tranchés qui promettent de longs débats. Il est néanmoins déjà convenu que la troupe lauréate bénéficiera cette année de la mise en œuvre de la convention récemment conclue entre le FNTA et l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel (AARC). Cette dernière organisera à la troupe qui remportera cette édition une tournée nationale. Une nouveauté dans le «suivi» des artistes au lendemain des manifestations culturelles.