Après Béjaïa, où le RAJ (Rassemblement action Jeunesse) a eu à pâtir de la machine administrative territorialement compétente, les services de la wilaya en l’occurrence, c’est au tour des Forces de l’alternative démocratique de subir le «vetatum est» des services de la wilaya d’Alger. Refus non motivé. Une décision qui prend des allures d’interdiction pure et simple, d’exercer l’un des droits fondamentaux consacré par la constitution, celui de se réunir, conformément aux articles 48, 52 et 53.

C’est, essentiellement, ce que relève Zoubida Assoul, aussi bien en tant que présidente de parti que comme avocate : «Il y a une atteinte manifeste et un déni grave aux libertés, dont celle de se réunir, entre autres, et que consacre la loi fondamentale du pays. Nous sommes en présence de décisions arbitraires, attentatoires aux libertés.»
Décision politique ou pouvoir discrétionnaire ? En tout état de cause, la loi sur les partis politiques n° 91-19 du 02/12/1991 reste la référence principale régissant les autorisations de réunions et manifestations publiques des partis. Un texte devenu obsolète et surtout en totale contradiction avec l’esprit de la constitution dès lors qu’il entérine le refus et l’interdiction. Vingt-huit ans après sa promulgation, ce texte prend de plus en plus l’allure d’une loi scélérate vis-à-vis des partis politiques.
Beaucoup d’observateurs relèvent que la décision de refus de la wilaya d’Alger à l’égard des Forces de l’Alternative démocratique intervient au lendemain des discours successifs du Chef d’état-major et vice-ministre de la Défense, le général de corps d’armée Gaïd Salah qui s’en est pris violemment presque aux parties prônant la transition. Du coup, les forces de l’alternative se retrouvent, de fait, dans le lot des indésirables. Les services de la wilaya n’auront fait, dans ce cas, que traduire administrativement une décision politique, celle de restreindre du champ d’action des acteurs d’alternatives autres que le choix des élections présidentielles.
Fethi Gheras, du MDS, Mouvement démocratique et social, en est convaincu : «Il y a une volonté manifeste de brider toutes les voix discordantes. Notre demande s’est faite dans les délais impartis et selon la réglementation en vigueur, mais apparemment, l’administration a préféré obéir aux injonctions à peine voilées de Gaïd Salah, à l’endroit des partis de l’alternative démocratique. C’est la logique du pouvoir actuel, toute proposition en dehors du cadre préétabli est automatiquement rejetée, refusée. Implicitement, tous ceux qui sont opposés à Gaïd Salah sont devenus des traîtres. Peut-on accuser de traîtrise tout un peuple ?»

La convention du 9 septembre aura-t-elle finalement lieu ?
La décision d’interdire la convention du pacte de l’alternative démocratique continue de susciter de nombreuses réactions d’indignation.
Atmane Mazouz, secrétaire national du RCD en charge de la communication, note sur sa page Facebook que «cette nouvelle atteinte à la liberté de réunion confirme l’autoritarisme du pouvoir de la casquette qui veut dicter son agenda caché à tout un peuple épris de justice et de liberté et qui continue à se mobiliser depuis plus de six mois pour le départ d’un système qui a ruiné le destin de toute une nation» et appelle à «la mobilisation pacifique (qui) doit redoubler d’intensité face aux résidus d’une mafia qui s’est accaparée injustement de tous les leviers de l’Etat. Le pouvoir de fait aura une réponse cinglante de la rue.»
Détermination des Forces de l’Alternative démocratique à tenir leur convention vaille que vaille, et possible entêtement de l’administration, la rencontre annoncée du 9 septembre prochain relève du domaine de l’aléa.
«Rien ne garantit la tenue de la convention du 9 septembre prochain, dira Zoubida Assoul, mais nous sommes des politiques et des militants et nous continuerons à nous battre pour arracher nos droits et nos libertés. Cette convention est attendue par de nombreux citoyens et même au sein de la diaspora à l’étranger».
Fethi Gheras est du même avis et si la wilaya venait à refuser, encore une fois, une autorisation : «Nous avons toujours en réserve un plan B, celle de la tenir dans un siège partisan, comme le nôtre, sauf que nous aurions aimé lui donner une plus grande envergure, en initiant une action publique dans une grande salle.»
La convention du pacte de l’alternative démocratique entame-t-elle une rentrée sociale et politique qui s’annonce mouvementée, du mauvais pied ou sous de mauvais augures ? Contrairement aux autres pôles de sortie de crise, hormis le panel, qui ont bénéficié pour leurs rencontres des largesses de la wilaya en matière d’autorisation de tenue de réunions que d’aucuns assimilent à une forme de collusion, le pacte de l’alternative démocratique risque d’être confronté à beaucoup moins de compréhension. Et davantage d’entraves. Quelle alternative dans ces conditions ?