La rencontre de l’Instance de médiation et de dialogue, hier, en son siège à Alger, avec un groupe de jeunes représentant les dynamiques du Hirak et la société civile, venus de plusieurs wilayas pour faire part de leurs suggestions en vue d’une sortie de la crise politique, a été l’occasion pour Karim Younès de défendre le panel qu’il coordonne et de soutenir qu’il respecte le choix de tout un chacun d’aller ou non au dialogue, mais que chacun assume ses choix.

«Nous sommes un groupe d’hommes et de femmes qui voulons le bien pour ce peuple et ce pays. Nous n’avons de leçons à recevoir de personne. Nous sommes des nationalistes et travaillons pour notre pays avec abnégation. Celui qui veut donner des leçons doit commencer par lui-même», a déclaré Karim Younès, avant d’insister : «Nous n’avons pas besoin de leçons. Notre avenir est derrière nous. Nous avons un passé honorable et nous en sommes fiers». Il s’adressera, ensuite, «à ceux qui écoutent des voix qui viennent, notamment, de l’étranger» en leur recommandant de «diminuer de l’intensité de leurs propos et d’écouter le discours sain, raisonnable et qui va plutôt dans le sens de la résolution de la crise et du développement du pays».
Pour Karim Younès, «celui qui ne veut pas dialoguer et préfère rester dans cette ambiance électrique qui caractérise le pays actuellement est libre», mais, s’interroge-t-il, «est-il normal qu’il veuille interdire aux autres de choisir la voie du dialogue qui reste un moyen civilisé de règlement des crises ? De quel droit celui qui ne veut pas dialoguer veut-il priver les autres de leur droit de vouloir le faire ?». Il poursuivra en déclarant : «Nous ne voulons imposer le dialogue à personne. Celui qui veut incendier le pays devra assumer son choix et sa responsabilité, mais qu’il n’essaye pas d’entraîner les autres avec lui !». Et à l’ancien président de l’APN de soutenir : «Nous voulons sortir le pays de cette crise qui peut être, le moins qu’on puisse dire, très difficile.»

Le panel n’est qu’«une interface» entre le pouvoir et le peuple
Face à la crise politique qui dure depuis six mois, «nous sommes en train d’essayer d’imaginer des solutions les plus à même de ramener de l’ordre dans le pays», a affirmé le coordonnateur de l’Instance de médiation. «Nous ne sommes pas les porte-paroles ni du peuple algérien ni du mouvement révolutionnaire actuellement en cours. Un mouvement révolutionnaire que je dirai très dynamique, qui bat le pavé tous les jours. Nous sommes seulement un groupe d’hommes et de femmes qui nous interposons en tant qu’interface entre l’autorité du pays et les masses algériennes», a-t-il affirmé en outre.
«Nous sommes qu’une interface. Nous ne parlons pas au nom de l’Etat. Nous ne parlons pas au nom du Hirak. Nous ne parlons pas au nom du peuple. Nous parlons au nom de notre raison qui nous pousse à penser que le dialogue est la meilleure voie pour trouver des solutions à la crise qui sévit actuellement dans le pays», a-t-il insisté, dans une déclaration à la presse, estimant que «si on ne trouve pas de solution, le pays peut aller vers des lendemains qui nous font craindre le pire». «Les catégories qui ne veulent pas aller dans le sens du dialogue sont totalement libres de leur choix, d’emprunter la voie qui leur semble la meilleure» pour une sortie de crise, a-t-il réitéré, rappelant ce qui s’est passé la veille, à l’occasion de l’installation du conseil consultatif du panel. «Vous avez vu hier [samedi, ndlr] quand des étudiants ont investi la salle de conférence, j’ai moi-même demandé à ce qu’on les laisse entrer et s’exprimer. Et même plus. Quand ils sont sortis dehors, j’avais remarqué un fourgon de police. J’avais demandé à la police de ne pas du tout procéder à des arrestations, quelle que soit la véhémence du propos de cette jeunesse, qui s’exprime comme une jeunesse peut s’exprimer», a affirmé Karim Younès, qui a ajouté qu’«on ne peut pas bâillonner la voix du peuple» et qu’il a «remercié la police puisque aucun de ces jeunes n’a été arrêté».

La satisfaction des revendications toujours au stade des promesses
Justement, en parlant de la voix du peuple qui ne peut être bâillonnée, maintenant qu’il ne reste que quelques jours à la rentrée sociale, des observateurs de la scène politique prévoient que la voix du peuple va redoubler d’intensité pour continuer à réclamer ce qu’elle n’a eu de cesse de le faire depuis le 22 février dernier, à savoir un changement du système. Cette hypothèse est d’autant plus probable que le mouvement populaire n’a pas montré de signes d’essoufflement, et ce, malgré la période des grandes vacances, synonymes de départs vers d’autres lieux, conjuguées aux fortes chaleurs de cet été. Rien ne semble pouvoir venir à bout de la volonté populaire dont la satisfaction des revendications légitimes reste encore au stade des promesses. Cet état de fait, sans nul doute, est de nature à entraver le travail du panel qui peine encore à faire accepter ce qu’on appelle les mesures d’apaisement réclamées aussi bien par le peuple et la société civile que par les partis politiques et le panel lui-même. A cela s’ajoute le fait que certaines personnes faisant partie du conseil consultatif sont contestées. Autant de raisons qui font que l’instance de médiation et de dialogue doit encore redoubler d’efforts pour convaincre et faire adhérer le maximum d’Algériens pour aboutir à l’organisation de la conférence nationale qu’elle prévoit de tenir avant la fin de l’année.

Le panel en visite dans plusieurs wilayas
C’est pour convaincre le plus de personnes possibles que les membres du panel ont décidé de sillonner le pays, en organisant des visites dans plusieurs wilayas. C’est pour rencontrer «les composantes de la société civile et les acteurs du Hirak populaire, dans le but d’écouter les propositions de tous, sans exception, pour trouver une solution à la crise», a fait savoir Fatiha Benabbou, membre du panel dès sa création, en marge de la rencontre tenue avec les jeunes du Hirak venus des wilaya de Guelma, Souk Ahras, Batna, Tébessa et Khenchela.
La rencontre a été une occasion pour ces jeunes de formuler plusieurs propositions, dont celles de «fixer la date de la présidentielle dans les plus brefs délais et de garantir les conditions nécessaires pour la tenue d’une élection régulière et transparente, en sus de l’installation d’une instance nationale indépendante pour la surveillance de cette élection, depuis le début des préparatifs jusqu’à l’annonce des résultats définitifs», selon l’APS. Ils ont insisté, en outre, sur l’importance d’éviter «le vide constitutionnel pour préserver les institutions de l’Etat», préconisant que «le président élu procède à une révision de la Constitution et engage de profondes réformes pour l’édification de l’Etat de droit».
La majorité des intervenants ont proposé de «démettre le gouvernement actuel et de le remplacer par un gouvernement technocrate, formé de compétences nationales». Ils ont également appelé à «la libération des manifestants arrêtés lors du Hirak dans plusieurs wilayas», exigeant d’«écarter les partis prosystème et les personnes impliquées dans des affaires de corruption du dialogue national», selon la même source. En marge de la rencontre, la présidente de la commission de la jeunesse, de la femme et de la société civile de l’Instance de dialogue et de médiation, Hadda Hazem, a souligné que cette commission «est ouverte à tous les jeunes, aux femmes et aux acteurs de la société civile et du Hirak, à travers tout le territoire national, sans exclusive».