Après le soutien conditionné des anciens moudjahidine à l’instance nationale de dialogue et de médiation dans l’accomplissement de sa mission pour une sortie de crise, c’est autour de certaines personnalités, partis politiques et acteurs de la société civile d’annoncer prudemment leur adhésion au panel que coordonne l’ancien président de l’APN Karim Younès. Cependant, tous mettent en avant les préalables
à satisfaire pour qu’ils puissent réellement aller au dialogue.

C’est le cas, par exemple, de l’Organisation nationale des moudjahidine qui a insisté sur la libération des détenus d’opinion et les mesures d’apaisement, lors de sa rencontre avec les membres du panel mardi. Les prochaines consultations du panel concernent plusieurs acteurs de la société civile, dont les organisations socioprofessionnelles, les syndicats, les organisations estudiantines et autres avant de passer aux partis politiques, a fait savoir à Reporters Ammar Belhimer, responsable de la commission politique au sein du panel.
Des personnalités sont également au programme. Et dans ce registre, malgré le refus de certaines personnalités nationales de rejoindre l’instance de dialogue, plusieurs autres pourraient, en revanche, en faire partie. Il s’agit, entre autres, de l’ancien ministre et diplomate Abdelaziz Rahabi. «Je suis favorable à toute sorte d’initiatives, pourvu que ces initiatives tendent à trouver une solution à l’impasse politique. Elles doivent veiller à tenir compte des demandes profondes du Hirak, qui sont représentées par des demandes de justice sociale, de contrôle de la richesse publique et d’instauration d’un système démocratique plein et entier», a déclaré M. Rahabi, sans pour autant déclarer nommément son adhésion à l’instance de dialogue.
Il en est de même pour des partis politiques de l’opposition qui ont affirmé soutenir le dialogue et pourraient rejoindre le panel. Il s’agit de Talaie El Hourriyet d’Ali Benflis, du Front Al Moustakbal d’Abdelaziz Belaïd ou encore de l’Union des forces démocratiques et sociales (UFDS) de Nourredine Bahbouh. Il reste que les mesures d’apaisement sont à chaque fois mises en avant et restent, de ce fait, des conditions sine qua non pour envisager d’aller au dialogue et sur lesquelles aucune personnalité politique ni aucun parti ne comptent céder. Dans ce sens, le chef de file de l’UFDS a déclaré : «Nous sommes disposés à dialoguer et à entamer les démarches pour essayer de sortir le pays de la crise. Mais nous aurons des préalables à avancer lors des négociations» avec le panel de médiation.
Joint hier par téléphone, Ammar Belhimer a tenu à rappeler que l’instance dialogue étudiera toutes les propositions déjà émises et celles à venir lors des discussions qu’il aura avec les organisations, associations, syndicats, partis et autres.
«Nous sommes un panel qui est le réceptacle de toutes les propositions, comme nous avons une démarche progressive et cumulative. Nous prenons tout ce qui va dans le bon sens, à savoir tout ce qui plaide pour la stabilité politique, le retour à l’ordre public, ainsi que le retour à l’ordre constitutionnel le plus vite possible pour sortir de la crise, en espérant que la raison l’emporte».

Une trentaine de personnes dans le comité des sages
Dans cet ordre d’idées, il a indiqué que le panel a mis au point, hier, la liste définitive du comité des sages qui sera composé d’une trentaine de personnes et dont l’installation est prévue samedi prochain. Le comité des sages portera le nom de «commission consultative».
Considéré comme étant l’instance morale du panel, le comité des sages viendra «conforter la mission de celui-ci avec des visions, des conseils et orientations de par sa composante qui symbolise une rupture totale avec le système», a déclaré Ammar Belhimer. Il poursuivra en ajoutant que ce sera «un comité national de conciliation réunissant des profils de gens crédibles, rassembleurs, ayant de l’expertise pour aider l’instance à avancer convenablement sur une large étendue sociopolitique et économique».
«La représentativité du comité des sages assure une plus grande crédibilité à la mission de médiation pour une plus profonde adhésion», a assuré M. Belhimer, avant de défendre le panel sur un ton tranchant. «Nous ne sommes pas une instance de reproduction du système, bien au contraire, nous avons adhéré en tant qu’intellectuels indépendants dans cet exercice porteur de rupture qui est le maître mot revendicatif de la rue», a-t-il soutenu. Il a fait savoir, par ailleurs, qu’aujourd’hui, jeudi, la commission chargée de la société civile commencera à recevoir les organisations estudiantines, alors que les partis politiques agréés sont programmés pour être consultés la semaine prochaine. Des invitations leur seront envoyées selon un calendrier.

Mesures d’apaisement, conditions sine qua non
Avant-hier, mardi, les membres de l’instance de dialogue ont été à la rencontre des anciens moudjahidine, à leur tête le secrétaire général de l’Organisation nationale des moudjahidine (ONM) avec lesquels ils ont discuté pendant près de trois heures. M. Belhimer dira à ce propos : «Ils ont un esprit responsable. Ils veulent aller à une élection présidentielle moyennant une garantie fondamentale, à savoir une commission indépendante d’encadrement, de surveillance et d’annonce des résultats du scrutin présidentiel.
Ils ne veulent pas que les structures administratives se mêlent de la prochaine élection, mais ils nous ont fait savoir qu’ils tiennent à ce que celles-ci soient organisées le plus tôt possible. En même temps, les anciens moudjahidine soulignent la nécessité des mesures d’apaisement et de justice et d’équité, notamment la libération des détenus d’opinion».
Durant cette rencontre, le secrétaire général de l’ONM par intérim, Mohand Ouamar Benelhadj, s’est «félicité de la démarche de la médiation et du dialogue en tant que moyen civilisé pour sortir de la crise que vit le pays», de même qu’il a estimé que «c’est une question de conscience pour l’intérêt général, érigeant l’élection d’un président de la République de façon transparente et intègre à travers une instance indépendante issue du peuple, parmi les priorités de la phase actuelle».
Une autre rencontre du même genre a eu lieu mardi, avec la fédération nationale de la Wilaya IV historique que préside le moudjahid Youcef Khatib, dit Si Hassan, qui avait déclaré approuver la démarche de dialogue lors de sa rencontre avec les membres du panel. «Par respect pour nos anciens moudjahidine, ce sont nous, les membres du panel, qui nous sommes déplacés pour aller à leur rencontre. Nous avons la bénédiction des anciens et leur soutien moral pour l’accomplissement de notre mission», a conclu M. Belhimer.