Enseignant à la faculté des langues étrangères de l’université d’Oran, le professeur Rachid Bensadek juge « très faible » l’implication des enseignants universitaires dans la mobilisation des étudiants dans le sillage du mouvement populaire pour le changement.

Reporters : Le mouvement estudiantin maintient sa mobilisation plus de cinq mois après le déclenchement du mouvement populaire pour le changement. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
Rachid Bensadek :
Cela traduit d’abord la présence de l’université dans le mouvement populaire pour le démantèlement du système. Ensuite, à travers la succession et la régularité de ses actions, le corps estudiantin réaffirme sa présence dans tous les mouvements de protestations et révolution tout au long de l’Histoire. Nous constatons qu’il s’agit d’un mouvement spontané.
Les étudiants font preuve de résistance et d’endurance en dépit d’un environnement universitaire qui n’est pas favorable à l’engagement politique. Etes-vous de cet avis ?
Endurance, je ne sais pas. Nous avons noté un affaiblissement du mouvement à partir du mois du juin à cause des vacances d’été. Et c’est tout à fait normal.
Je dois souligner par ailleurs que, par le passé, il y avait un climat de suspicion au sein de la communauté universitaire, ce qui a généré une perte de crédibilité et un manque d’adhésion pour les actions de lutte au sein de l’université. D’ailleurs, il avait été reproché aux différents mouvements des étudiants de ne pas avoir été à la hauteur des revendications exprimées ni des aspirations attendues.
C’est justement pour surmonter ce handicap hérité des expériences précédentes qu’ont été organisés, depuis le mois de février, et de manière très régulière des débats aussi bien dans les campus d’Oran qu’au niveau de la place d’Armes.
Des enseignants, des militants et des étudiants issus de différentes universités ont participé à ces débats, bien sûr. Nous avons ainsi organisé des conférences au profit des étudiants dans le cadre de ce mouvement citoyen afin de confronter les idées des uns et des autres et, au final, pour renforcer l’apprentissage des étudiants en matière de formation politique. Ce qui est de nature à leur permettre de forger une vision politique de ce qui les entoure.
Comment évaluez-vous l’implication des enseignants dans le mouvement estudiantin ?
Personnellement, je vois que l’implication des enseignants est très faible. Car, comme l’ont constaté les enseignants universitaires eux-mêmes, il y a des comportements et des attitudes incompréhensibles à l’intérieur de l’université. Des comportements que les universitaires eux-mêmes n’arrivent pas à expliquer. Signe, à mon sens, d’un véritable malaise, les enseignants n’arrivent pas à se mettre d’accord sur un mouvement de grève, par exemple. Ils sont donc incapables de gérer la chose universitaire dans leur propre espace.

Y a-t-il des disparités dans l’implication des enseignants d’une université à l’autre ?
Certainement qu’il y a des disparités en termes d’implication des enseignants dans les actions que mènent les étudiants depuis fin février. Les raisons sont à chercher peut-être dans les traditions de chaque université.