La campagne de lutte contre la corruption se poursuit et touche désormais de nouveaux dossiers. De hauts responsables de l’Etat en fonction et d’autres en retraite sont convoqués par la justice dans le cadre des enquêtes ouvertes sur la corruption. Deux anciens ministres de la Solidarité nationale, actuellement membres du Conseil de la nation, doivent ainsi s’expliquer très prochainement, devant les juges de la Cour suprême sur la manière avec laquelle ils ont géré les fonds de ce secteur. Des noms de hauts responsables sont également inscrits à la longue liste des personnes soupçonnées d’être impliquées dans des affaires de corruption. Dans son discours de mercredi, le chef de l’état-major de l’Armée, a promis la poursuite des enquêtes. Pour lui, aucun événement ne peut retarder ou reporter cette opération.
Une conception que ne partage pas des observateurs de la scène nationale. Pour cette catégorie, si la lutte contre ce fléau de la corruption qui ronge les institutions de l’Etat est jugée nécessaire, il n’en demeure pas moins que le timing choisi ainsi que la manière avec laquelle se mène cette campagne ne poseraient pas moins des questions. Pour eux, ouvrir les grands dossiers de corruption avant d’entamer le chantier de la libération de la justice de toute contrainte pourrait nourrir des doutes sur la crédibilité de cette opération. A titre d’exemple, le Syndicat national des magistrats avait relevé à la mi-mai que la lutte contre la corruption devait être précédée par une libération de la justice. Pour ce syndicat, le changement des lois dans le pays est un préalable pour libérer la justice qui aura en charge le traitement des dossiers liés à la corruption. Le même constat a été fait par des défenseurs des droits de l’Homme qui prédisent l’échec de cette campagne. Ils estiment que l’urgence est pour la construction d’un Etat démocratique basé sur le droit en considérant qu’une opération d’une importance capitale engagée dans la précipitation ne veut en aucun faire avancer les choses. La classe politique de l’opposition n’agrée pas, quant à elle, qu’on enclenche la lutte contre la corruption avant l’élection d’un nouveau président et un nouveau Parlement doté de la légitimité nécessaire. Pour elle, cette opération n’est qu’une tentative pour détourner le Hirak de sa trajectoire et un moyen pour gagner du temps. Une suggestion que refuse mordicus le pouvoir politique. Les deux avis ne mettent pas moins l’appareil judiciaire à rude épreuve. Davantage.