Les institutions de l’Etat n’ont pas saisi l’ampleur ni le rythme avec lequel a évolué la société algérienne durant ces dernières années, jusqu’à donner lieu à des mouvements que personne n’attendait, d’où la difficulté à les circonscrire et maîtriser.
C’est du moins le constat auquel sont parvenus les politologues et enseignants à la faculté des sciences politiques Alger 3, qui ont pris part, hier, à une journée d’étude intitulée «Le mouvement populaire en Algérie : transition démocratique et sécurité sociale ».
Pour Sadek Hadjal, enseignant, lors de sa communication intitulée «Les raisons du Hirak en Algérie, relation entre modernisation et stabilité politique», il ne fait point de doute que «les institutions de l’Etat n’ont pas été observatrices de l’évolution de la société algérienne jusqu’à faire face à un grand mouvement de protestation contre le régime».
«Malgré les avancées et le progrès enregistrés durant le règne Bouteflika en matière de scolarisation et de prise en charge sanitaire, nous avons enregistré également d’autres problématiques autrement plus déterminantes», a-t-il ajouté. Il s’agit, selon lui, de la corruption, la fragilisation des institutions de l’Etat, le déficit de citoyenneté, ce qui a généré le ras-le-bol exprimé par des pans entiers de la société. «Les institutions politiques n’ont pas suivi l’évolution de la société. Les individus et la société ont évolué, les institutions de l’Etat non. Le résultat est la protestation de la population», a-t-il estimé. M. Hadjal a enchaîné en soulignant que «les institutions de l’Etat n’ont pas changé de mode de fonctionnement».
Pour sa part, le doyen de la Faculté de sciences politiques, Mohamed Khodja, considère que «le mouvement actuel est un cycle continu dans l’histoire de l’évolution de la société algérienne», mettant en exergue «le rôle de l’université dans l’analyse et lacompréhension de ce genre de phénomène».
Les intervenants dans ce débat ont affirmé, d’un côté, que parmi toutes les théories occidentales sur la protestation et les révolutions, il n’y a pas une théorie qui décrit ce qui se passe actuellement en Algérie. De l’autre, ils ont appelé à la recherche et à l’ouverture vers d’autres écrits et théories, notamment dans les pays asiatiques, et ne pas se contenter des théories produites dans le monde occidental. Pour eux, le mouvement populaire «a libéré et sauvé toutes les institutions, y compris l’Armée, qui est l’institution la plus complète en matière de développement et de technologies». D’autre part, les politologues n’ont pas manqué d’évoquer le rôle des médias dans ce mouvement «politique par excellence», selon eux. «Les médias sont encore une façade. Nous avons approximativement quelque 200 quotidiens, 40 chaînes de télévision, 60 chaînes de radio, 20 sites d’informations. Tous ces médias sont soumis à un seul pouvoir, ce qui rend leur mission illégitime aux yeux des citoyens», a déclaré Liad Zoghlami, enseignant à l’université d’Alger 3 dans son intervention sur «les médias sociaux et le mouvement populaire en Algérie». Il fera remarquer, dans ce sens, que «la fermeture d’espaces d’expression a laissé les jeunes ‘émigrer’ en masse vers l’espace virtuel, à savoir facebook et Youtube. Les réseaux sociaux sont devenus une réalité qui encadre les évènements de la vie réelle de la société». Relevant qu’il y a «plus de 20 millions
d’Algériens abonnés sur facebook et 4 millions sur youtube», l’universitaire a signalé que «le monde virtuel est devenu également un espace d’expression et de communication pour de nombreux politiciens et chefs de parti».