C’est à la terrasse du restaurant la Paëlla, à la Madrague, bercée de fragrances iodées et d’une brise légère, que se tiendra, aujourd’hui, et pour la troisième fois consécutive le cinquième repas des Anciens de l’information et de la culture.

L’idée du repas est née d’une gageure, à l’initiative de Youcef Tahar, cet ancien de la Radio nationale qui a animé «Transparence», émission politique très cotée, fin des années 80, à la Chaîne III. Et c’est avec quelques amis proches, entre journalistes et acteurs du secteur de la culture, qu’a lieu le premier repas, en juin 2017, avec une quinzaine de personnes dont certaines ne se s’étaient pas vues depuis plus de vingt ans.
Dans l’exaltation des retrouvailles, l’idée de perpétuer ce rendez-vous prit forme et à la fin du repas, on se donna rendez-vous, six mois plus tard, le 21 décembre 2017. Beaucoup d’émotions à ce second repas. On se rappellera les larmes difficilement contenues de Slimane Laouari à l’évocation de l’épopée du MJA et au souvenir des consœurs et confrères disparus. Une vingtaine de personnes se sont retrouvées autour d’une table conviviale. Djamila Arres, Saïd Selhani et Rachid Hamou, venu de sa lointaine Guyane, sont là. Et d’autres encore. Le regretté Aziz Degga est parmi les convives. Un second repas en appelle un autre. On se donne rendez-vous pour un troisième, avec l’idée d’instaurer une tradition semestrielle du repas des anciens de l’information et de la culture. C’est à ce second repas que naît, aussi, l’idée de créer le cercle des anciens, avec l’ouverture d’une page Facebook, notamment. La page est lancée un mois plus tard avec comme seul critère d’adhésion, faire partie de l’un des deux secteurs, information ou culture, et avoir au minimum vingt ans d’ancienneté. La page commence à rassembler journalistes, comédiens, acteurs, écrivains. C’est le temps des retrouvailles et des «bouss-bouss», comme dirait Youcef. Nostalgie et évocations. Que devient untel ? Des nouvelles de tel autre ? On se souvient de ceux partis trop tôt ? Il y a tellement de noms qu’on risque d’en oublier quelques-uns. Trois générations d’anciens se retrouvent au sein du cercle. Ils comptent aujourd’hui plus de 500 membres.

L’avenir du cercle, en point de mire
Un troisième et un quatrième repas suivent. Djamila Arres, une inconditionnelle du repas des Anciens, est adoubée marraine du Cercle. Sans fioritures. De nouveaux «anciens»
se joignent aux anciens, Hamimi, Amazit, Koursi, Messaoudi, Belhadjoudja, Meziani, Belhimer, Lyazid Khodja et bien d’autres encore. Ensemble, on ressasse le passé, mais on évoque l’avenir aussi. Le repas n’est qu’un prétexte. « Au-delà de ces rencontres gastronomiques et non moins conviviales, c’est notre mémoire qui est interpellée, l’hommage aux aînés, le souvenir de celles et de ceux qui nous ont quittés. L’amitié, l’entraide et la solidarité entre confrères et collègues de deux corporations fusionnelles, la presse et la culture, dans leurs dimensions plurielles», peut-on lire sur la page du Cercle. L’avenir solidaire entre membres de la corporation de l’information et de la culture. L’idée d’un Cercle structurellement définit fait son chemin. On rêve à voix haute, avec comme objectifs, la réalisation d’un cercle physique ouvert aux anciens des deux secteurs, mais accessible également aux jeunes générations avec un espace de restauration, une salle de lecture et une bibliothèque. On réfléchit aussi à la création d’un fonds de solidarité pour venir en aide aux confrères et collègues dans le besoin. Beaucoup, par fierté, n’osent pas le dire. Encore moins le montrer. Enfin, la création d’une banque de données regroupant toutes les informations à propos des journalistes, écrivains, comédiens, cinéastes et acteurs de la vie culturelle de notre pays, accessible via le net. Un site Web, une Web-radio et une Web-TV font partie des rêves. Aujourd’hui, se constituer en association est une nécessité de premier ordre. Le Cercle a besoin désormais de se redéployer autrement. De passer à un niveau supérieur d’organisation et à une existence légale pour une plus grande efficacité. Et surtout une meilleure reconnaissance. Le statut associatif peut lui ouvrir de nouveaux horizons.

Le cercle, le Hirak et les anciens
Avec les bouleversements que connaît le pays depuis le 22 février dernier et la révolution populaire en marche, le Cercle, qui s’est interdit jusque-là toute implication dans la chose politique, s’est vu dans l’obligation morale et historique d’ouvrir les colonnes de sa page à la réflexion et au débat. Un premier débat public a même eu lieu le 25 avril 2019, devant les marches du TNA, retransmis en direct sur la page du cercle. Sans autre ambition que celle d’apporter une touche au débat. Dans leur grande majorité, les membres sont d’avis que si les points de vue exprimés sur la page du Cercle restent du domaine de la responsabilité et de l’engagement individuel, ils ne sauraient engager le Cercle comme entité, dans la mesure où, pour l’instant, aucune assemblée élective n’a mandaté de représentants pour s’exprimer en son nom. Fondamentalement, l’engagement premier du Cercle reste auprès des siens. Les anciens. Au quatrième repas, un vibrant hommage a été rendu au grand Moussa Haddad, cinéaste de renom, auteur du désopilant «Les Vacances de l’Inspecteur Tahar». L’émotion était grande d’autant plus que cet hommage a coïncidé avec son anniversaire.
A ce cinquième repas, qui marque deux ans d’existence déjà, d’un Cercle de convergence et de convivialité, l’invité d’honneur est un nom prestigieux que devrait connaître tous les Algériens. Il s’agit de Ali Habib, de son vrai nom Daniel Huguet.
Dans son ouvrage, «Journalistes Algériens – Destins individuels, Histoire collective», Mohamed Koursi, ancien journaliste à El Moudjahid, en parle avec beaucoup d’émotion : «Français de souche, il refuse de combattre en Algérie. Insoumis pour un idéal qu’il n’a jamais renié, Algérie algérienne. En octobre 1962, il débarque en Algérie pour vivre une passion qui avait déjà conquis son âme et son cœur, être aux côtés de ce peuple dont le tiers de la population a été anéanti, exterminé pour les besoins d’une colonisation de peuplement durant la seconde moitié du XIXe siècle, et deux millions, sur une population de huit millions, arrachés à leurs terres, jetés dans des ghettos, parqués dans des centres de regroupement, un siècle plus tard. De 1962, il ne quittera que forcé notre (son) pays en 1990, au moment de la décennie noire. Lui aussi était journaliste dans le prestigieux El Moudjahid. Il a réalisé des reportages qui restent un modèle du genre, non seulement par leur technique rédactionnelle mais aussi par la profondeur des analyses.»
Ali Habib sera tout à l’heure parmi les siens, sa famille de la presse et de la culture, mais grâce à la complicité de Naâma Abbès, il ne le sait pas encore…