Trois jours après le dépôt des deux dossiers de candidature en vue de la prochaine élection présidentielle, des candidatures auxquelles personne n’y croit d’ailleurs, le débat ou plutôt la réflexion est à l’après 4 juillet 2019, une date à laquelle le pays risque de se retrouver dans une situation de vide constitutionnel si des mesures ne sont pas prises dès maintenant.

Un vide constitutionnel qui ne peut être que générateur d’anarchie, ont averti à plusieurs reprises des constitutionnalistes. Le vrai problème n’est pas la tenue de l’élection en soi, le peuple algérien ne refuse pas d’avoir un nouveau Président qu’il aura choisi, mais ce qu’il refuse est connu et sans aucune ambiguïté : il n’admet pas que cette élection décisive pour l’avenir du pays se tienne dans les conditions actuelles, sous la houlette des figures de l’ancien régime tant décrié. Le peuple l’a fait savoir sans détour et à plusieurs reprises : pas d’élection avec Abdelkader Bensalah à la tête de l’Etat et Noureddine Bedoui en tant que Premier ministre, surtout que ce dernier a déjà supervisé des élections lorsqu’il était ministre de l’Intérieur avec des résultats que d’aucuns avaient disqualifiés. Le manque de confiance du peuple, de la classe politique et de la société civile en ces deux personnes est tel qu’elles constituent maintenant un obstacle aux éventuelles solutions qui se présentent. D’où la nécessité d’aller au plus vite vers un consensus, cela d’autant que le peuple veut une élection qui soit organisée dans des conditions de transparence par une instance indépendante composée des représentants du peuple, des partis politiques et des personnalités de la société civile. Le discours du chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah, hier, depuis Tamanrasset, va d’ailleurs dans ce sens. Il dira, à ce propos, que «la priorité aujourd’hui est que chacun de nous croit en l’importance d’aller vers un dialogue productif qui permet de faire sortir notre pays de cette phase, relativement complexe, qu’il traverse et assure ainsi la voie vers la tenue des prochaines élections dans les plus brefs délais possibles, loin, et je le dis, de périodes de transition aux conséquences incertaines, car l’Algérie ne peut supporter davantage de retard et de procrastination». Ainsi, le principe du dialogue est réitéré et, là encore, c’est un principe à propos duquel tout le monde est d’accord, mais, encore une fois, pas avec Bensalah, avaient clairement affirmé aussi bien les partis politiques que les représentants de la société civile. «Il n’y a aucune raison de continuer à perdre du temps, car le temps est précieux et il n’y a pas moyen de le gâcher dans des discussions stériles loin du véritable dialogue sincère et constructif. Rien n’est impossible et l’Algérie attend une sortie légale et constitutionnelle qui la prémunira contre toute forme d’exacerbation de la situation», a encore affirmé le chef d’état-major qui insiste à la voie constitutionnelle et légale. Gaïd Salah prône donc le dialogue, la tenue de la présidentielle et, surtout, de ne pas s’écarter du cadre légal et constitutionnel. Ce qui reste du domaine du réalisable pourvu que les personnalités non acceptées par le peuple ne fassent pas partie du processus.
Aplanir les divergences
et entamer
le dialogue
Selon les constitutionnalistes, Bensalah, qui doit partir selon les dispositions de la Constitution le 9 juillet prochain, peut convoquer le corps électoral pour une seconde fois et le mieux serait qu’il le fasse vers la fin de son intérim pour que la période de préparation des élections soit la plus longue possible et que la date coïncide avec le début octobre. Sachant que la présidentielle de juillet n’aura pas lieu, il serait même judicieux de mettre à profit la période actuelle et jusqu’à juillet pour commencer à aplanir les divergences et entamer le dialogue. On pourra, dans ce cas, parler d’une période de préparation de quatre mois (de juin à fin septembre 2019), ce qui est déjà mieux par rapport à la période que l’Algérie avait pour préparer le supposé scrutin du 4 juillet. L’obstacle Bensalah peut être écarté. Sachant que c’est le président du Conseil constitutionnel qui devra le remplacer, selon la Constitution, on commencera d’abord par mettre une personnalité consensuelle à la tête du Conseil après la démission de Kamel Fenniche. Bensalah présente à son tour sa démission et la personnalité consensuelle deviendra alors chef de l’Etat par intérim. A noter que Bensalah peut également démissionner sans avoir convoqué le corps électoral, le chef de l’Etat par intérim pourra le faire. Le plus important, c’est que Bensalah parte avant la fin de son intérim, car passé le 9 juillet, le pays entrera dans un vide constitutionnel : il n’aura ni Président ni chef de l’Etat par intérim. Il est sûr que Bensalah connaît quels sont les enjeux s’il venait à boucler ses 90 jours à la tête de l’Etat et beaucoup misent sur son nationalisme et son patriotisme pour ne pas laisser le bateau Algérie chavirer alors qu’il pourrait l’en empêcher.
Une déclaration constitutionnelle
Pour mieux être au diapason de la revendication populaire, le Premier ministre, sachant qu’il ne peut être démis de ses fonctions, pourrait aussi présenter sa démission et celle de son gouvernement.
Le chef de l’Etat par intérim nommera alors un nouveau Premier ministre et un gouvernement de compétences acceptées par l’ensemble du peuple algérien et dont la charge sera la gestion des affaires courantes jusqu’à l’élection d’un nouveau Président.
L’autre solution préconisée par les constitutionnalistes et politologues serait d’élaborer une déclaration constitutionnelle de quelques articles pour pallier le vide constitutionnel auquel l’Algérie post-4 juillet pourrait faire face. En fait, les solutions dans un cadre légal et constitutionnel existent, mais la volonté de sortir de la crise existe-t-elle ?n