Le chef de l’Etat par intérim semble bien résolu à aller jusqu’au bout de la mission pour laquelle il a été désigné, à savoir l’organisation de l’élection présidentielle le 4 juillet prochain dans le cadre de l’article 102 de la Constitution. En effet, même si la contestation populaire rappelle quotidiennement et inlassablement le refus citoyen de composer avec le pouvoir en place, Abdelakader Bensalah ne désarme pas pour autant. Il a saisi l’occasion de l’arrivée du mois de Ramadhan pour tenter un discours à l’adresse du peuple dans l’objectif de le convaincre d’aller aux urnes pour faire sortir le pays de la crise dans laquelle il se trouve aujourd’hui.

Un autre coup de pub à la présidentielle qui a raté sa cible pour s’inscrire dans la même trajectoire d’échec, essuyé le 22 avril dernier, à travers l’organisation par la présidence la République de la conférence de consultations pour la préparation et l’organisation de cette même joute. Un rendez-vous qui s’était distingué par le refus de participer émanant de l’écrasante majorité des acteurs conviés. Pis encore, au rejet de l’invitation exprimé par les partis et personnalités politiques s’était ajoutée l’absence à cette conférence du chef de l’Etat lui-même. De plus, toutes les conditions semblent réunies pour rendre carrément impossible l’échéance électorale à la date prévue. Ceci d’autant que même si le dialogue préconisé par le chef de l’Etat par intérim, mais aussi et surtout par le chef d’état-major de l’ANP et certains partis et personnalités politiques, pouvait trouver place dans les rapports de forces actuels peuple-pouvoir, ce dialogue aura incontestablement besoin de tout le nécessaire pour aboutir à une solution réelle, et surtout efficace. Un temps sans doute plus long que les deux mois qui nous séparent aujourd’hui du 4 juillet, et qui équivaudrait, dans les plus brefs délais, à celui d’une phase de transition de huit mois et plus à laquelle appellent partis et personnalités politiques.
Il est certain que le refus populaire de participer au scrutin présidentiel version Abdelkader Bensalah et les autres noms aux commandes du pays, légués par le système Bouteflika, s’est déjà exprimé en classant le 4 juillet prochain date non-événement. Et les jours qui viennent avant cette échéance risquent de rendre encore plus difficile, sinon impossible, la tâche du chef de l’Etat par intérim. Faut-il rappeler, dans ce sens, que le processus électoral, mis en branle après la convocation du corps électoral, le 11 avril dernier, a déjà consommé le tiers de son parcours dans deux opérations totalement ratées. La première opération concerne le retrait des formulaires de souscription à la candidature pour l’élection présidentielle et qui, à ce jour, a vu se dégager une liste d’une quarantaine de noms, totalement inconnus sur la place publique et politique du pays, illustrant parfaitement l’esprit du Hirak qui anime les partis et personnalités connus. Cette opération dure 45 jours après la publication du décret présidentiel portant convocation du corps électoral et reste donc encore ouverte, mais aucun signe n’augure, cependant, d’un changement dans le contenu de cette liste. Quant à la collecte des 60 000 signatures, elle s’annonce, elle aussi comme une mission impossible pour tout candidat retenu par le Conseil constitutionnel. Plus que le Conseil constitutionnel, le candidat aura à convaincre 60 000 citoyens dont l’écrasante majorité a déjà signé pour le boycott de l’élection présidentielle. Quant à l’opération révision des listes électorales, elle s’est achevée la semaine dernière dans la même atmosphère qui l’avait vu commencer et se dérouler. Celle qui a donné à mesurer toute l’indifférence des citoyens concernés, alors que des présidents d’APC dans certaines wilayas ont carrément refusé de procéder à la révision des listes électorales et de participer à la préparation de l’élection présidentielle, estimant que cette consultation est rejetée par le peuple algérien. Des magistrats ont également annoncé leur refus de superviser l’opération électorale, affirmant qu’ils se tiennent du côté du mouvement populaire de contestation et revendiquant une justice indépendante. Mais le plus dur pour le processus électoral s’annonce pour la campagne électorale qui sera entamée 25 jours avant la date du scrutin, soit le 9 juin.
Avec toute cette défection massive des partis politiques et autres candidats capables de mobiliser les foules, il y a automatiquement lieu de se demander qui fera cette campagne et devant quel public ? Sans compter évidemment le risque hautement périlleux du boycott.<