Le long-métrage «Irfane» ou « Reconnaissance » de Salim Hamidi, inspirée des témoignages réels d’une famille révolutionnaire de la ville de Tiaret, a été projeté, avant-hier, en avant-première à la Cinémathèque d’Alger, en présence de l’ensemble de son équipe et d’une nombreuse assistance composée d’artistes, de comédiens et de passionnés de cinéma.

Durant 110 minutes, le film revient sur l’histoire de Yamina, interprétée par Chafia Boudrâa, ancienne moudjahida, âgée de 70 ans, qui vit avec son petit-fils, Ahmed, diplômé en histoire. Elle lui raconte tout le temps la même histoire depuis cinquante ans. Celle de ces souvenirs douloureux d’une guerre qui lui a tout pris. A chaque célébration du 1er Novembre, elle s’asseoit dans son salon en tenant dans les mains la photo de sa sœur, Fatima, infirmière lâchement tuée par un harki en 1960. De l’autre main, elle nettoie aussi sans relâche sa médaille d’honneur. Yamina raconte ainsi pour la énième fois l’histoire de Fatima qui aidait les moudjahidine en leur apportant des médicaments de l’hôpital. Lorsqu’elle fut découverte par l’armée coloniale, un ultimatum lui a été posé, celui de dénoncer ses camardes ou de mourir. Elle a préféré alors rejoindre le maquis aux côtés de ses frères d’armes pour continuer à lutter pour l’indépendance de l’Algérie jusqu’au sacrifice de sa vie. Face aux souffrances quotidiennes de cette femme, le petit-fils, joué par Sami El Hakim, universitaire au chômage, décide alors de filmer cette histoire et promet à sa grand-mère de la diffuser à la télévision, pour exaucer son souhait de transmettre le sacrifice de sa sœur Fatima. Pour cela, il fera appel à un groupe d’amis et à sa petite amie Meyssa, campée par Malika Belbey, qu’il présente comme journaliste de la télévision nationale. A la fin du tournage de ce documentaire, Meyssa ira demander une autorisation pour le projeter dans la cour de la municipalité. Mais les choses se compliquent et un long combat débute pour contrer le rejet de leur dossier par la bureaucratie administrative. Lors des séquences de la quête de ces jeunes pour filmer le témoignage de la moudjhida et trouver des solutions pour les autorisations de diffusion, le réalisateur met en lumière la jeunesse contemporaine algérienne qui se bat pour travailler, se marier, ou vivre tout simplement. Ainsi, la plupart de ces jeunes, diplômés de l’université dans différents domaines, enchaînent les petits emplois ou se convertissent dans de modestes activités commerciales au détriment de leurs talents et de leurs études.
Zoom sur le perpétuel combat de la femme algérienne
A travers ces deux histoires parallèles, du passé et du présent, le film se concentre aussi sur la lutte des femmes sous toutes ces formes, depuis l’accompagnement des révolutionnaires, jusqu’au combat quotidien dans la société actuelle. Le long métrage reflète également le déséquilibre des valeurs entre le passé et le présent dans la société algérienne, Ainsi, lors de la guerre de libération nationale, en tant que femme, elle était libre de choisir et de décider. A l’instar de Fatima, l’infirmière, qui avait décidé de rejoindre le maquis, sa famille l’a soutenue dans sa décision. Et sa sœur Yamina allait d’un endroit à l’autre sans être blâmée pour son absence de la maison. Aujourd’hui, la liberté de la femme est restreinte sous le voile et par les préjugés de la société. Le film le montre sous l’angle de la petite amie voilée qui fait face aux remarques de sa famille lorsqu’elle rentre tard à la maison. Bien que ses parents comprennent, ils tiennent comptes des reproches des voisins, des habitants du quartier et de la société. Le réalisateur a eu recours à une double technique pour filmer les événements du passé et du présent, d’autant plus que Malika Belbey jouait deux rôles, celui de la petite amie et le rôle de la grand-mère durant la guerre.
Le devoir de
la transmission
de la mémoire
Lors du débat qui a suivi la projection, le réalisateur a tenu à remercier toute l’équipe qui a fait que «ce film soit réalisé, avec aussi peu de moyens et aussi avec un tout petit budget ». Il confie toutefois à l’assistance que «ce qui m’attriste vraiment, c’est le décès, il y a à peine une année, de la moudjahida Yamina, qui nous a inspiré pour réaliser ce film. J’aurai souhaité qu’elle assiste à cette avant-première, cela lui aura fait sûrement plaisir». Il ajoute dans ce sillage que «ce film est un appel du devoir, basé sur des témoignages réels vécus par cette brave dame lors de la guerre d’indépendance». Interrogé sur le retard de la projection du film, qui a duré près de cinq ans, Salim Hamdi expliquera : «Nous avons fini le tournage en 2014 mais nous avons toutefois tardé à le montrer au public, car nous avons eu quelques problèmes budgétaires et aussi de post-production. L’AARC nous a octroyé un premier budget, avec lequel nous avons entamé le tournage, mais au même moment on a enlevé à l’AARC le soutien à la production cinématographique. La transmission des dossiers en cours de production à d’autres organismes, tel que le CADC nous a un peu handicapé et nous avons arrêté de travailler quelque temps avant de pouvoir poursuivre grâce au soutien du CADC.»n