« Ensemble pour nous prémunir contre le danger nommé CO » est le slogan choisi pour la journée d’étude initiée par la direction du commerce avec le concours de l’Association pour la protection du consommateur (Apct). Placée sous le patronage du wali de Tlemcen, la journée s’est déroulée avant-hier mardi au siège de l’APW. Une partie de l’auditorium était occupée par des élèves du primaire et du moyen, invités à cette rencontre dans le cadre de la sensibilisation du petit consommateur au danger du monoxyde de carbone.

En guise d’animation préliminaire, une vidéo sur l’intoxication au CO. « Cette journée va permettre de jeter un éclairage sur le monoxyde de carbone et de trouver les voies et moyens d’éviter ce danger ; elle sera également une opportunité d’impliquer les différentes parties en vue de la protection de la santé du consommateur », soulignera le directeur du commerce Amar Hellaïli. « Les méthodes de prévention contre l’asphyxie au monoxyde de carbone et les fuites de gaz » est le thème de l’intervention de Abdellatif Moutas, ingénieur en prévention et sécurité auprès de la Sonelgaz. Rappelant les statistiques effrayantes de l’année 2018 marquée par la survenance de 69 cas au niveau national (dont
4 à Sebdou et 9 à Ghazaouet) et 254 interventions de la Protection civile, le représentant de la Sonelgaz dira que «c’est l’affaire de tous». Après avoir signalé que le chauffage accuse un grand tirage en période hivernale (novembre-décembre-janvier-février), l’ingénieur plaidera pour l’installation de détecteurs de CO avec système d’alarme… Aérer, entretenir, contrôler, vérifier, remplacer, tels sont les gestes qui sauvent… Le capitaine Djamila Aboudi, chargée des statistiques et la communication auprès de la direction de la Protection civile, expliquera « les mesures à prendre et la conduite à tenir en cas d’asphyxie au monoxyde de carbone ». La présence de 0,1% de CO dans l’air tue en une heure, 1% en 15mn et 10% provoquent une mort instantanée. La représentante de la Protection civile illustrera son propos avec des chiffres ; l’officier fait état de 2643 personnes sauvées d’une mort réelle et 128 décédées, à l’échelle nationale. Au niveau de la wilaya de Tlemcen, il a été enregistré en 2018, 26 interventions, 38 personnes sauvées et 8 décédées, alors que 8 interventions ont été effectuées au mois de janvier 2019 où 4 personnes ont trouvé la mort et 14 autres ont été sauvées… Pour sa part, Abdelkader Berrahil, cadre de la DCP à la direction du commerce prodiguera des «consignes et conseils pratiques par rapport à l’acquisition et l’utilisation d’un appareil électroménager ». L’intervenant mettra l’accent sur le rôle du consommateur qui est tenu de lire la fiche signalétique du produit et la notice d’emploi, sans oublier d’exiger le certificat de garantie et de s’assurer du service après-vente (SAV). Un appareil de qualité, une aération adéquate et un installateur professionnel, telles sont les trois conditions cardinales qui doivent être réunies pour conjurer le danger du CO, selon ce contrôleur… « Les signes cliniques de l’asphyxie par le CO » seront présentés par le Dr Mohamed Abderrahim, médecin urgentiste au niveau du CHU Dr Tidjani Damerdji de Tlemcen. Le docteur indiquera que le CO est un produit de combustion, en précisant que c’est l’aspect collectif de l’atteinte toxique qui attire l’attention de l’urgentiste.
Le caisson hyperbare fait défaut
Quant aux facteurs aggravants, il citera les victimes en état d’ébriété (alcool), traitement (médicaments), grossesse (femmes enceintes), les fumeurs, les enfants de moins de deux ans… Dans ce sillage, l’urgentiste mettra en garde contre les complications et autres séquelles liées au syndrome dit intervallaire, tels les troubles de mémoire, de comportement, d’humeur, démence précoce, insomnie, entre autres. En matière d’urgence, le spécialiste évoquera le traitement dit de choix consistant en l’usage du caisson hyperbare, un équipement faisant défaut, qui réduirait de moitié la durée de secours (oxygène). Aussi, il plaidera pour la dotation des UMC ainsi que les ambulances de la protection civile en caisson hyperbare… Dans le même ordre d’idées, sa collègue Latifa Henaoui, épidémiologiste auprès de la DSP, parlera des symptômes visibles d’une intoxication au CO, les effets du CO sur le sang, la conduite à tenir, les différentes sources (chauffage, gaz d’échappement, groupe électrogène, poêle à bois…). Quant à Kamel Chikhi, président de l’Apact, il s’intéressera à « La prévention contre les accidents domestiques » (incendie, chute, empoisonnement, asphyxie…).
Eviter d’acheter
dans l’informel
Concernant la question de l’électroménager, l’intervenant proposera à ce titre quelques recommandations, à savoir encourager la production nationale et locale, exiger un produit de qualité, renforcer le contrôle, éviter d’acheter dans l’informel, motiver les opérateurs pour l’adjonction d’un détecteur à l’appareil électroménager (gaz), créer des normes algériennes en la matière…
C’est le président de l’Association de protection du consommateur et de la promotion de la santé Ziane Azza, qui clora les interventions, en mettant le doigt sur la plaie : « On n’a pas à ce jour analyser les chiffres, 128 morts dont 8 à Relizane ; 80% des accidents se produisent au niveau des bâtiments, les habitations collectives dites cités verticales », fera-t-il observer. Et de mentionner : « La sensibilisation ne touche que 20% du public dont fait partie l’ignorant, l’inconscient, le négligent… ». L’hôte de l’ASPACT mettra à l’index aussi bien sûr la conception architecturale (gaine d’aération collective) que le phénomène des modifications. « On a un problème de santé publique, il faut d’ors et déjà penser à la formule de chauffage central pour réduire le taux de mortalité au monoxyde de carbone », suggère-t-il.
Aérer, le leitmotiv
Aérer, est le leitmotiv de tous les intervenants, faut-il le souligner. A la fin, une équipe de secours de la protection civile effectuera un exercice de simulation mettant en scène une situation d’empoisonnement au CO et les moyens mis en œuvre pour sauver les victimes. n