Cela fait déjà plus de deux années que l’hôpital Frantz-Fanon qui jouxte celui d’Ibn-Sina a été transformé en pavillon des urgences médicales et cardiologiques (PUM). Au niveau des travaux de rénovation, on n’a pas lésiné sur les moyens, puisque « les vies humaines n’ont pas de prix », avons-nous entendu à l’époque. En effet, tout a l’air nickel, on pourrait voir son visage sur le sol, tant c’est propre et beau, une véritable perle du centre hospitalo-universitaire. Mais seulement en apparence, car si on va plus en profondeur, on se rend compte que tout va de travers au niveau de cet établissement sanitaire.

Aucun jour ne se passe sans qu’un patient ne soit victime d’un arrêt cardiaque au PUM. La cause est simple : aucune équipe de réanimation n’a encore été affectée depuis. Cela semble incroyable, mais c’est vrai ! Une équipe de réanimation est censé être disponible en permanence aux urgences cardiologiques, où les arrêts cardiaques sont plus fréquents. Mais nos chers administrateurs ne semblent pas avoir pris le temps d’étudier ce côté avant l’inauguration en grande pompe de cet établissement, qui se révèle être un cadeau empoisonné pour les habitants de la région d’Annaba. En effet, les efforts consentis par l’administration hospitalière restent plus qu’insuffisants. Le service des urgences dispose d’un seul maître-assistant qui n’est disponible que durant les cinq jours ouvrables de la semaine et cela de 8 heures à 16 heures et n’est assisté d’aucun personnel paramédical. Les malades qui y sont acheminés, dans le cadre d’une urgence, doivent attendre l’arrivée du maître-assistant le lendemain matin, c’est-à-dire à 8 heures. En dehors des heures de travail de la maître-assistante, les patients peuvent mourir sans que personne ne se préoccupent de leur sort. Et ils ne sont pas les seules victimes de cette négligence. Les médecins de cette structure sanitaire en souffrent aussi. Certaines personnes qui n’arrivent pas à accepter le décès de leurs proches, surtout quand ils voient qu’il y a eu «négligence», s’emportent et en arrivent à agresser les résidents et les internes qui sont souvent en première ligne. En outre, aucune garde des équipes de réanimation n’est donc assurée au PUM. Ce qui fait que pour les cas urgents, il est fait appel à une des équipes du centre hospitalo-universitaire Ibn-Sina. L’équipe en question met une éternité pour répondre au téléphone, puis demande qu’une ambulance vienne les chercher. Ces procédures prennent en moyenne plus de 20 minutes. Les patients atteints d’un arrêt cardiaque doivent être réanimés en moins de 4 minutes. Dépassé ce délai, les dégâts enegistrés sur le cerveau sont irréversibls. Le temps que mettent les équipes de réanimation pour arriver sur les lieux est généralement dramatique pour le malade.
L’un des médecins nous confie que «la plupart du temps, quand l’équipe de réanimation arrive le patient est dans une mort encéphalique. Il faudrait qu’il y ait une équipe de réanimation qui assure la garde 24 heures sur 24».
En plus de l’absence d’équipe de réanimation, le matériel médical est insuffisant au pavillon.
L’un des médecins internes rencontrés sur place nous déclare : «Il y a un manque terrible au niveau des tensiomètres et des glucomètres qui sont plus que nécessaires dans le service. » L’un des deux médecins affirme qu’il est impossible de travailler sans tensiomètre, dans un service où la majorité des admis et des malade souffre d’hypertension artérielle.
Une promotion de réanimateurs est pourtant sortie du CHU d’Annaba, il y a peu de temps, pourquoi ne pas les avoir affectés au niveau du PUM ? Il s’agirait de procédures administratives assez compliquées pour la création de tels postes budgétaires. En termes de priorité, la bureaucratie l’emporte sur le caractère sacré de la vie. n