L’exposition «Le cinéma algérien s’affiche», qui se tient actuellement au Palais de la culture jusqu’au 29 de ce mois, se veut un travail de mémoire de la production cinématographique algérienne, et ce, de 1962 à nos jours. Un projet ambitieux qui émane d’une idée généreuse et qui, visiblement, nécessite beaucoup plus de temps de préparation, ce qui, à l’évidence, n’a pas été le cas. Pourtant, le commissaire de cette exposition n’est autre que Ahmed Bedjaoui, que l’on qualifie désormais de Monsieur Cinéma.

L’affiche fait partie du matériel indispensable à la visibilité d’un projet filmique et à sa promotion pour sa sortie commerciale. Par le passé, quand des entreprises de cinéma existaient, une enveloppe de photos de tournage du film était remise aux journaux pour l’illustration des articles consacrés au film. Hélas, cette pratique a disparu et même l’affiche de nouveaux films n’est plus un souci pour les producteurs, vu que dans la pratique de l’activité cinématographique, la distribution n’existe plus. Comprendre qu’un nouveau film est montré en avant-première puis remis au placard au grand dam des cinéphiles. Dans le document remis au visiteur de cette exposition, il n’est pas question de l’affiche du cinéma algérien, mais d’un résumé de l’historique de la filmographie algérienne qui, lit-on, se distingue par sa qualité et non par sa quantité. Et c’est à peine s’il est noté que les documentaires réalisés durant la guerre de libération nationale n’ont pas bénéficié d’affiche. L’affiche, pourtant, est l’objet de cette exposition et ce matériel promotionnel est l’œuvre d’artistes confirmés, à l’instar de Khedda, l’artiste-peintre, de Slim, le caricaturiste de presse et l’auteur de bandes-dessinées, dont la fameuse «Zid y’a Bouzid», de Hamzizou, un infographe de la presse écrite, et de tant d’autres artistes. L’affiche du film «Leïla et les autres» de Sid-Ali Mazif, est signée Slim et elle est sublime. Le visiteur de l’exposition «le cinéma algérien s’affiche» regarde la première affiche, «Le mariage de Moussa», un film de Tayeb Mefti, réalisé au début des années 1980, est signé Hamzizou, alors que la deuxième affiche «Un toit, une famille», de Rabah Laradji, est signée Mustapha Tadjer. L’affiche du film «Prends 10 000 balles et casse-toi» de Mahmoud Zemmouri est signée Kaci et puis, plus rien. Les autres affiches sont des œuvres d’auteurs anonymes, non cités. Et c’est dommage, car en quelque sorte, cette exposition devrait être aussi un hommage à ces artistes qui ont donné une visibilité aux films grâce aux affiches qu’ils ont confectionnées. L’exposition souffre de cette absence d’indication primordiale. Les affiches sont exposées pêle-mêle sans fil conducteur, par exemple, l’année de la production… Il y a en tout et pour tout 45 affiches de films et c’est nettement insuffisant, même pas le quart de la production algérienne.
Le cinéma algérien compte plus de 200 longs-métrages de 1962 à 1990. Plus de 80 films ont été produits de 1994 à nos jours. Faites vos comptes et vous allez vous rendre compte qu’effectivement, le nombre d’affiches de cette exposition est insuffisant pour prétendre représenter la production du cinéma algérien. Dans une des dernières éditions des Journées cinématographiques de Carthage où l’Algérie était l’invitée d’honneur, l’Agence algérienne de rayonnement culturel a organisé une exposition d’affiches de films. Lors de la célébration du cinquantième anniversaire de la création de la Cinémathèque algérienne, une exposition d’affiches des films algériens a eu lieu. L’ex-directrice du CADC nous a confié qu’elle avait un projet d’édition d’un ouvrage consacré aux affiches du film algérien mais que cela n’a pas été concrétisé. Il y a de la place pour qu’un tel projet voie le jour.