« L’Université algérienne va très mal », c’est le constat fait par des spécialistes dans le domaine invités hier lors d’une conférence organisée par le Parti socialiste des travailleurs (PST) à Alger.

Ces spécialistes ont argumenté leur constat par plusieurs faits historiques et économiques. Pour Farid Cherbal, enseignant en biologie à l’université de Bab Ezzouar à Alger et également ancienne figure du Conseil national des enseignants de l’enseignement supérieur (CNEES), « le premier élément qu’on pourrait avancer dans cette situation de crise de l’Université algérienne est lié à l’absence de la gestion démocratique au sein de l’Université ». Une situation caractérisée, selon lui, par une pratique qui ne consiste pas à « élire les recteurs », et ce, à l’encontre des recommandations de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco). Ces recommandations parlent d’«un seul mandat et exclusivement de deux mandats, et encore ces mandats sont liés à l’élection d’équipes et de programmes » en vue d’améliorer les capacités des universités, dira-t-il dans ce sens. Un autre fait marquant, selon le même intervenant, le budget de formation qui est « actuellement très minime ». « Durant l’année universitaire 1988-89, alors que l’Algérie était en crise financière, ce budget était de 800 dollars par individu et par année. Le chiffre qu’a donné la tutelle l’année dernière était de 200 000 dinars, mais concerne surtout les œuvres sociales. Il faut dire que dans les pays occidentaux développés, ce budget est de 10 000 euros par individu. C’est ce qui devrait être chez nous pour être au diapason avec les normes internationales », ajoutera-t-il. L’un des aspects de cette crise relève de la recherche scientifique. Aussi, selon Cherbal qui a fait état de certains chiffres dans ce sens, durant la période de 2010 à 2014, l’Etat a consacré 0,63% de son PIB en faveur de la recherche scientifique dans notre pays. «Cela a agi positivement sur ce domaine notamment pour ce qui est des publications scientifiques qu’on a pu enfin produire en Algérie. Mais entre 2014 et 2017, une période qui a connu une grande massification du système LMD et avec le grand nombre de détenteurs de masters qui ont postulé pour être doctorants, la pression financière se fait sentir et donc, il nous faut un budget de formation individualisé ». Pour l’historien Dahou Djerbal, invité également à cette conférence, l’explication est avant tout historique pour arriver à expliquer la situation actuelle de l’Université algérienne qui est arrivée actuellement à un « terme de l’histoire». Pour le même chercheur, c’est dans les années 1980 qu’il y a eu le grand déclic de l’Université algérienne. « Dans ces années-là, le pays a connu un changement de cap économique (du socialisme vers l’économie ouverte), le problème qui s’est posé dans les sciences humaines et les sciences économiques était qu’elles sont devenues encadrées par la planification » étatique qui faisait subir son emprise sur l’Université. « La recherche scientifique dans les sciences sociales a été déconnectée en faveur de la planification et surtout de la privatisation. C’est cette dépendance qui fait, qu’actuellement, on ne trouve personne qui puisse écrire sur le schiste par exemple, du moment où tous les bureaux d’études dans ce domaine sont liés à des sociétés multinationales. Des sociétés qui sont sorties par la porte mais qui sont revenues par la fenêtre », dira-t-il également, allusion à la période de la nationalisation du pétrole durant les années 1970 dans notre pays.