Au courant de leur action, le numéro 1 de la centrale les a traités de « chauves-souris ».

Un air de gilets oranges et jaunes a soufflé hier sur la Maison du Peuple. Au siège de la centrale syndicale, UGTA, en effet, de nombreux manifestants se sont rassemblés en portant ces gilets en scandant un seul  mot d’ordre principal : «Sidi Saïd partez !». Cette opération coup de poing porte la signature du Syndicat algérien des paramédicaux, (SAP). Elle a été organisée hier avec une journée d’avance par rapport au rassemblement de protestation qu’il comptait tenir aujourd’hui 13 décembre afin de créer un effet de surprise et déstabiliser le secrétaire général de l’UGTA. Ce dernier, qui était attendu pour une intervention sur la journée du « 11 Décembre », a toutefois été informé de l’action du SAP et préparé ses troupes à la riposte. Il s’en est alors suivi des échanges verbaux restés en l’état en raison de la forte présence policière sur place et d’un cordon de sécurité qui a empêché tout débordement sérieux. Aux appels de « Sidi Saïd quittez l’UGTA que vous dirigez comme un monarque ! », il y a eu l’intervention par mégaphone du numéro 1 de la centrale et une riposte par laquelle il a qualifié les manifestants de «khafafish», de «chauves-souris» en bon français. Mais comment le débonnaire Sidi Saïd a été informé de l’action du SAP pour la faire capoter ? Aucun de ses partisans n’a répondu à la question sauf un malabar en costume et le sens de l’humour sous le pied qui a rétorqué : « Regardez le 20 heures de ce soir (hier ndlr) et vous saurez tout». Ses détracteurs du syndicat des paramédicaux, eux, n’ont pas arrêté de scander leurs mots d’ordre et de demander le départ d’un secrétaire général qui avait annoncé, il y a quelques semaines, qu’il souffrait d’un cancer et qu’il n’allait pas se présenter pour un nouveau mandat.
Selon eux, Abdelmadjid Sidi Saïd « a instauré une véritable monarchie syndicale au détriment des travailleuses et travailleurs algériens, il a bafoué la dignité des syndicalistes de l’UGTA et n’hésite pas à brader le patrimoine public algérien ». Pour eux, le secrétaire général de la centrale «prend des décisions sans consultation avec la base ». Dispersés par les forces de police, les militants du SAP ont promis de revenir à la charge «dans les jours qui viennent » et promettent de «ne pas lâcher prise» jusqu’à ce que l’actuelle direction de l’UGTA jette l’éponge.
Ont-ils les moyens de le faire ? Pour le secrétaire général du SAP, Lounes Ghachi, ce qui s’est passé hier n’est que le «début d’une série d’actions destinées à appeler au départ du secrétaire général de l’UGTA et de l’ensemble de son staff» dont certains de ses membres, le numéro 1 de la Fédération des électriciens et gaziers, Achour Telli, ont monté la garde autour de lui, hier, lors de sa prise de parole au pied de l’imposant immeuble de la Maison du Peuple. « Nous n’allons pas nous arrêter », a ajouté le représentant du syndicat des paramédicaux.
Dans une déclaration précédente à Reporters, M. Ghachi a indiqué qu’il y a «trois raisons pour nous de réclamer la restitution de l’UGTA aux travailleurs. D’abord ce sigle historique appartient à tout le peuple algérien et ne peut en aucun cas être pris en otage d’une poignée de personnes. Ensuite, la centrale syndicale est le seul représentant des travailleurs reconnu par le gouvernement. C’est de notre droit de donner notre avis sur la direction de l’UGTA qui parle en notre nom lors des réunions de la tripartite. La troisième raison est liée aux activités nuisibles que mène ce syndicat contre les actions des syndicats autonomes. Les responsables actuels de l’UGTA sont le premier adversaire de l’action syndicale », a-t-il affirmé. La première réunion du SAP pour demander la tête de Sidi Saïd, rappelle-t-on, a eu lieu le 27 novembre 2018 à Alger. n